Herpès : des organoïdes montrent enfin sa progression dans la peau

Chercheuse devant un modèle de peau 3D
Image d'illustration. Un modèle 3D suit l’herpès dans la peau. — ADN

Des chercheurs allemands ont suivi l’herpès dans une peau humaine 3D. Leur modèle révèle quelles cellules cèdent vite, et lesquelles freinent le virus.

En bref

  • Le VHS-1 progresse différemment selon les cellules
  • Des organoïdes 3D ont permis de le cartographier
  • Des gènes antiviraux s’activent au front infectieux

Le VHS-1 n’est pas seulement une affaire de bouton de fièvre. Dans la plupart des cas, l’herpès labial guérit seul en deux semaines, mais le virus peut aussi gagner les neurones sensoriels du visage, y rester latent, et parfois remonter vers le système nerveux central avec, à la clé, une inflammation cérébrale potentiellement grave.

Un virus banal en apparence, bien moins anodin qu’il n’y paraît

C’est aussi pour cela que ces travaux comptent. Des équipes du Centre Max Delbrück de médecine moléculaire et du Centre médical universitaire de Hambourg-Eppendorf, en Allemagne, détaillent dans Science Advances la manière dont l’infection avance de proche en proche dans la peau humaine.

Et un autre point reste surveillé de près: le rôle éventuel du VHS-1 dans la maladie d’Alzheimer. À ce stade, on parle d’une piste de recherche, pas d’un lien démontré. Mais la persistance du virus à vie dans le système nerveux suffit à justifier qu’on regarde cela sérieusement.

Une peau reconstruite en 3D pour suivre l’infection cellule par cellule

Les chercheurs ont travaillé sur des organoïdes de peau humaine avec poils, donc sur un modèle en trois dimensions qui reproduit plusieurs couches et plusieurs types cellulaires. La peau, rappelle la chercheuse Manja Czech-Sioli, ressemble à un sandwich en couches: l’épiderme protecteur en surface, surtout composé de kératinocytes, puis le derme, riche en fibroblastes, traversé par les follicules pileux et des fibres nerveuses sensorielles.

Bon, c’est précisément ce que des cultures cellulaires plates reproduisent mal. Manja Czech-Sioli résume l’intérêt du modèle ainsi: « Il a été fascinant d’observer comment le virus se propage à travers le tissu des organoïdes, d’un type de cellule à l’autre, et aussi comment chaque type cellulaire réagit face à lui ».

Toutes les cellules ne se laissent pas infecter au même rythme

Résultat, le virus n’entre pas partout de la même façon. Les fibroblastes du derme hébergent de grandes quantités de virus très tôt après l’infection. À l’inverse, les kératinocytes basaux et plusieurs cellules des follicules pileux en contiennent nettement moins, même lorsqu’elles sont voisines de cellules déjà infectées.

Plus frappant encore, l’arrivée du virus dans les follicules pileux et dans les neurones sensoriels se fait plus tard. Cela suggère une forme de résistance intrinsèque de ces cellules, disons que c’est l’une des observations les plus intéressantes de l’étude.

Le front de l’infection révèle les gènes qui se mettent en alerte

Grâce à l’imagerie couplée à la transcriptomique spatiale, l’équipe a examiné le « front de l’infection », autrement dit la zone où le virus vient juste d’atteindre de nouvelles cellules. Les fibroblastes dermiques y activent le gène IER3, déjà connu pour répondre au virus de l’herpès. Les kératinocytes basaux, eux, augmentent l’expression de IRF3, un régulateur des défenses antivirales.

Les chercheurs ont aussi observé une activation très coordonnée de molécules de signalisation de la famille du facteur de nécrose tumorale. D’après eux, cette coordination pèse dans la capacité de l’organisme à contenir l’infection avant qu’elle n’atteigne les nerfs. La suite est claire: intégrer des cellules immunitaires et des vaisseaux sanguins à ces organoïdes pour comprendre, concrètement, pourquoi certaines cellules freinent le virus quand d’autres favorisent sa réplication.

Germain Montor

Spécialiste Santé

Rédacteur web spécialisé dans l’univers de la santé et du bien-être

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