Une étude chez la souris relance la piste virale dans la maladie de Parkinson. Le point clé n’est pas l’infection, mais les dégâts moteurs durables après sa disparition.
En bref
- Un virus murin provoque des dégâts proches de Parkinson.
- Les troubles moteurs persistent après disparition du virus.
- Le modèle pourrait mieux mimer certains débuts de maladie.
Plus de 10 millions de personnes vivent avec la maladie de Parkinson dans le monde. Et pour les chercheurs, le vrai problème est là, comprendre comment la maladie commence, pas seulement comment elle détruit ensuite les neurones.
Une équipe de Texas A&M University publie justement un modèle animal qui relance une vieille piste, celle d’un rôle possible des virus. Les résultats sont parus dans Brain, Behavior, and Immunity, Health.
Un virus élimine les neurones visés par Parkinson
Le protocole repose sur le Theiler’s Murine Encephalomyelitis Virus, ou TMEV, un virus naturellement présent chez la souris. Point important, il n’infecte pas l’être humain.
Chez les souris étudiées, ce virus a atteint puis détruit des neurones dopaminergiques, ceux qui produisent la dopamine. Ce sont précisément ces cellules qui disparaissent dans la maladie de Parkinson, notamment dans la substance noire, une zone du cerveau impliquée dans la planification du mouvement.
Les chercheurs ont confirmé cette perte neuronale une semaine après l’injection. Ensuite, ils ont suivi les animaux pendant 20 semaines avec des tests de marche et de coordination. Résultat ? Les problèmes moteurs ont continué bien après l’élimination du virus. Tremblements, rigidité, lenteur des mouvements, ce tableau rappelle ce qu’on observe dans Parkinson.
Pourquoi ce modèle intéresse plus que les modèles toxiques
Aujourd’hui, beaucoup d’études chez la souris provoquent la maladie avec des modifications génétiques ou des substances toxiques. C’est utile, clairement. Mais cela ne reproduit pas forcément la façon dont la maladie démarre chez l’humain.
Candice Brinkmeyer-Langford, généticienne impliquée dans ces travaux, insiste sur ce point. En substance, les expositions toxiques aident à étudier Parkinson, mais elles n’expliquent pas pourquoi certaines personnes tombent malades et d’autres non après une exposition comparable.
Ce nouveau modèle change donc l’angle de travail. Il permet de tester l’idée qu’une infection laisse des dégâts durables dans le cerveau, puis que d’autres facteurs, génétiques ou environnementaux, fassent basculer vers la maladie.
Ce que l’étude suggère, et ce qu’elle ne dit pas
Il faut rester précis. Cette étude ne montre pas qu’un virus suffit, à lui seul, à provoquer Parkinson chez l’humain. Elle suggère qu’une infection pourrait créer un terrain favorable.
Candice Brinkmeyer-Langford rappelle d’ailleurs que « les virus sont connus pour provoquer des maladies entièrement différentes selon la génétique d’une personne ». Elle cite deux exemples connus dans ce cadre, Epstein-Barr, associé à la mononucléose mais aussi soupçonné dans d’autres maladies, et SARS-CoV-2, capable d’atteindre non seulement les poumons, mais aussi le cœur et le cerveau.
Bon, pas de quoi extrapoler trop vite. Ce que ce travail apporte, c’est un outil de plus pour suivre la progression neurologique après une infection et, peut-être, mieux comprendre pourquoi la maladie de Parkinson continue d’augmenter avec le vieillissement de la population. Pour vous, la conséquence pratique est simple, cette piste ne change rien aux soins aujourd’hui, mais elle pourrait orienter la recherche vers de futurs traitements plus proches de la réalité humaine.