Le sommeil déréglé ne touche pas que les nuits. Des travaux explorent son lien avec certains cancers, sans conclure encore à une cause directe.
En bref
- Sommeil perturbé et cancer sont étudiés ensemble
- Le lien direct n’est pas encore prouvé
- CNIO observe le jet lag chronique
Le point clé, c’est celui-ci. Un sommeil durablement perturbé pourrait peser sur le risque de certains cancers, mais la science n’en est pas à une preuve simple, nette, définitive.
Des travaux se penchent depuis plusieurs années sur la qualité du sommeil et sa durée. Certaines études les relient à plusieurs types de cancer, mais cette relation reste complexe. Corrélation ne veut pas dire causalité, et c’est important de le garder en tête quand on parle d’un sujet aussi sensible.
Un lien étudié, mais pas tranché
Ce que les chercheurs regardent, ce n’est pas seulement une mauvaise nuit de temps en temps. Ils s’intéressent à une altération chronique du repos, quand l’horloge interne ne suit plus correctement l’alternance naturelle entre lumière et obscurité.
Une étude parue dans SLEEP, signée notamment par Song, Zhang, Wang et leurs collègues, s’est ainsi intéressée au risque de cancer en lien avec la qualité du sommeil. Elle nourrit le débat, sans le clore. Bref, il existe des signaux, mais pas de verdict unique.
Pourquoi le rythme circadien intéresse autant les chercheurs
Quand le rythme circadien est déréglé sur une longue période, plusieurs fonctions de l’organisme peuvent être touchées. La source la plus solide, ici, concerne le système immunitaire. Une désynchronisation prolongée peut en altérer le fonctionnement.
Et ce n’est pas tout. Ce dérèglement chronique favorise aussi des phénomènes d’inflammation et de stress cellulaire. Ce terrain biologique pourrait faciliter la croissance de tumeurs. Pas de quoi paniquer, mais assez pour justifier des recherches très ciblées.
Le cancer perturbe aussi le sommeil
L’autre point souvent oublié, c’est que la relation marche dans les deux sens. Un sommeil de mauvaise qualité peut être étudié comme facteur de risque possible. Mais un cancer déjà diagnostiqué peut, lui aussi, abîmer le sommeil.
L’anxiété liée à la maladie, comme certains traitements oncologiques, favorise l’insomnie. Résultat, la qualité de vie des patients peut se dégrader encore davantage.
Ce que le CNIO veut mesurer chez les personnels navigants
Au Centre national de recherches oncologiques, le CNIO, une équipe suit un autre fil très concret, celui du jet lag chronique. Les chercheurs étudient des tripulants de cabine, exposés pendant des années à des horaires décalés, pour comprendre ce que ce désajustement fait à l’organisme.
Marta Amorós, chercheuse au CNIO, rappelle que notre horloge biologique dépend d’un centre dans le cerveau, synchronisé par des signaux extérieurs comme la lumière, l’alimentation ou l’exercice physique. Elle explique aussi que le projet cherche à savoir comment ces rythmes perturbés, fréquents dans les modes de vie modernes, peuvent affecter les cellules souches à l’origine des cellules du système immunitaire, et si cela pourrait contribuer au vieillissement ainsi qu’au développement ou à la dissémination du cancer.
Concrètement, cela concerne les personnels navigants, mais aussi les emplois de nuit et les horaires irréguliers. Ce que l’on sait déjà, c’est qu’un sommeil chroniquement déréglé n’est pas anodin.