L’obésité ne relève pas seulement de la volonté, rappellent des spécialistes. En Espagne, son poids sur la santé, l’emploi et l’économie est massif.
En bref
- L’obésité pèse sur la santé et l’économie
- Les experts demandent une prise en charge coordonnée
- La stigmatisation freine encore l’accès aux soins
Près de 10 % des dépenses de santé, environ 3 % du PIB en moins, et une perte de production équivalente à 479 000 emplois à temps plein par an. Les chiffres avancés pour l’Espagne donnent la mesure du sujet. On est loin d’un simple débat sur l’alimentation ou l’activité physique.
Un impact qui dépasse largement la balance
Pour Núria Mas, économiste de la santé, l’obésité n’est pas seulement un problème médical. Elle a expliqué qu’elle entraîne aussi un coût économique et social élevé, avec des effets sur les ressources hospitalières, la participation au travail, la productivité et même l’équité.
Et ce point compte, quand même. Parce que le coût ne s’arrête pas à la consultation ou au traitement. Il se diffuse dans tout le système, du soin aux absences au travail, jusqu’au fonctionnement général de l’économie.
Une maladie chronique, pas un défaut personnel
De son côté, la docteure Irene Bretón, directrice de ConCiencia en Obesidad, a défendu une idée simple, mais encore discutée dans le débat public: l’obésité doit être traitée comme une maladie chronique, complexe, accompagnée de multiples comorbidités.
Elle a aussi plaidé pour sortir d’une lecture centrée sur la seule volonté individuelle et pour aller vers une prise en charge coordonnée entre spécialités et entre niveaux de soins, avec la personne au centre. Bref, une approche plus médicale, et moins morale.
Le prix de l’inaction se compte en milliards
Selon le modèle de l’OCDE pour la période 2020-2050, le surpoids et l’obésité représentent presque 10 % de la dépense sanitaire en Espagne. Ils réduisent aussi le produit intérieur brut d’environ 3 %.
Le coût de l’inaction augmente. D’après la Fédération mondiale de l’obésité et RTI International, le coût total du surpoids et de l’obésité atteignait 26,03 milliards d’euros en 2019. Il pourrait grimper à 34,614 milliards d’euros en 2030, en euros constants de 2019. Environ les deux tiers relèvent de coûts indirects, liés notamment à la mortalité prématurée, à l’absentéisme et à une moindre productivité au travail.
Stigmatisation et inégalités, l’autre obstacle majeur
Mais il n’y a pas que les comptes publics. Vivre avec une obésité, rappellent les intervenants, signifie souvent affronter la stigmatisation et des inégalités sociales.
La chercheuse Sara Morais a insisté sur ce point en estimant que le stigmate associé au poids reste l’une des grandes barrières qui empêchent de demander de l’aide et d’obtenir une prise en charge adaptée. Elle a aussi rappelé que l’environnement social pèse sur la santé et qu’on ne peut pas continuer à faire porter au patient seul la responsabilité d’une maladie influencée par de nombreux facteurs.
Ce que cela change pour vous? D’abord le regard porté sur l’obésité. Ensuite, très concrètement, la façon dont les soins peuvent être pensés: plus tôt, de façon coordonnée, et sans culpabilisation.