Une étude montre que certaines eaux minérales alcalines peuvent altérer l’enrobage de médicaments. Un détail banal, avec de vraies conséquences.
En bref
- L’eau alcaline peut fragiliser certains comprimés enrobés
- Le phénomène a été observé en laboratoire
- L’eau du robinet reste le choix le plus sûr
Vous avalez un comprimé avec ce que vous avez sous la main. Eau minérale, eau filtrée, parfois autre chose. Or une étude publiée dans Pharmaceutics montre que ce réflexe banal peut compter, surtout pour certains médicaments munis d’un enrobage entérique.
Un enrobage pensé pour résister à l’estomac
Cet enrobage n’est pas là pour faire joli. Il sert à protéger le médicament de l’acidité de l’estomac afin qu’il se libère plus tard, dans l’intestin grêle, où le pH est plus élevé. C’est le cas, par exemple, de Prilosec ou de nombreuses formes d’aspirine.
À l’université Semmelweis, en Hongrie, l’équipe de Nikolett Kállai-Szabó, enseignante-chercheuse en pharmaceutique, a voulu voir si différents liquides pouvaient modifier cette protection. L’idée est simple, et assez concrète pour vous comme pour moi, le comprimé ne rencontre pas toujours la même boisson.
L’eau alcaline se distingue nettement au laboratoire
Les chercheurs ont immergé des comprimés enrobés dans plusieurs liquides, avec des niveaux de pH variés. Il y avait de l’eau du robinet, de l’eau filtrée, du jus de pomme et plusieurs marques d’eaux minérales alcalines.
Résultat, les eaux alcalines ont affaibli l’enrobage bien plus vite que les autres boissons. Avec une marque, Salvus medicinal mineral water, plus de 90 % du médicament étaient libérés après seulement cinq minutes de trempage. À l’inverse, l’eau du robinet, l’eau filtrée et le jus de pomme ont provoqué très peu de libération sur la même durée.
Ce que cela peut changer, et ce qu’on ne sait pas encore
L’étude n’a pas été menée chez l’humain. C’est important, parce que la salive, la digestion ou encore la vitesse de passage du médicament dans l’estomac peuvent changer la donne. On parle donc d’un signal de risque, pas d’une preuve directe en conditions réelles.
Mais le problème mérite d’être pris au sérieux. Nikolett Kállai-Szabó estime que si le médicament se libère trop tôt, le traitement peut devenir moins efficace. De son côté, Marina Ivanov, pharmacienne clinicienne spécialiste des maladies inflammatoires de l’intestin à la Mayo Clinic-Arizona, explique que cette libération prématurée peut aussi irriter la muqueuse de l’estomac et favoriser des effets indésirables comme des nausées, des douleurs abdominales ou des vomissements.
Pas de quoi paniquer. Kathleen Gura, pharmacienne clinicienne en gastroentérologie et nutrition au Boston Children’s Hospital, rappelle surtout qu’il faut parler de ses médicaments avec son prescripteur et son pharmacien. En pratique, les experts cités vont dans le même sens, pour avaler la plupart des comprimés, l’eau simple, du robinet ou filtrée, reste aujourd’hui l’option la plus sûre.