Respiration et réflexes : ce que l’expiration change au cerveau

Scanner cerveau
Image d'illustration. Scanner cerveau — ADN

Une étude de Northwestern observe des réflexes un peu plus rapides à l’expiration. Un résultat intrigant, mais encore très limité au laboratoire.

En bref

  • Réactions plus rapides pendant l’expiration
  • Étude menée chez 35 jeunes adultes
  • Pas d’application pratique immédiate

41 millisecondes. C’est l’écart moyen observé entre inspiration et expiration dans une expérience de l’Université Northwestern publiée dans iScience. Les participants répondaient un peu plus vite lorsqu’ils expiraient que lorsqu’ils inspiraient. Dit autrement, le cerveau ne semble pas réagir tout à fait de la même façon selon la phase du souffle.

Quarante et une millisecondes, et un signal clair

Chez les 35 adultes testés, âgés de 18 à 33 ans, les réponses étaient en moyenne 41 millisecondes plus rapides pendant l’expiration que pendant l’inspiration. Ce n’est pas énorme à l’œil nu, mais c’est mesurable. Et dans une tâche de réaction, quelques millièmes comptent quand même.

Les chercheurs ont aussi repéré autre chose. Pendant les courtes pauses respiratoires, les réponses étaient environ 21 millisecondes plus rapides que pendant l’inspiration. Le point le plus lent du cycle apparaissait autour du pic inspiratoire. Pour l’équipe, la respiration fait donc partie des facteurs capables d’expliquer les petites variations de notre attention d’un instant à l’autre.

Comment l’équipe a mesuré ce lien

Le protocole était simple. Les volontaires réalisaient une tâche de vigilance psychomotrice, un test utilisé pour mesurer l’attention soutenue et la vitesse de réponse. Ils devaient appuyer sur la barre d’espace dès qu’un carré rouge passait au jaune sur un ordinateur.

En parallèle, un dispositif placé sous les narines enregistrait le flux d’air pour savoir précisément si la personne inspirait, expirait ou se trouvait dans une pause respiratoire au moment de répondre. Chaque participant a effectué le test deux fois, avant et après avoir dormi au laboratoire, soit après une sieste, soit après huit heures de sommeil.

Pourquoi le cerveau pourrait suivre le rythme du souffle

L’explication reste ouverte. Ken Paller, professeur de psychologie à Northwestern et auteur senior, dit « nous ne savons pas encore exactement comment ils sont liés ». L’hypothèse avancée touche à l’efficacité neurophysiologique, autrement dit à la manière dont le cerveau traite l’information selon l’état du corps.

Ce n’est pas une idée sortie de nulle part. Des travaux antérieurs ont déjà montré que certaines oscillations cérébrales peuvent se synchroniser avec la respiration. Des enregistrements intracrâniens chez l’humain ont même observé cette synchronisation dans plusieurs zones, dont l’insula, l’amygdale, le cortex cingulaire antérieur et le cortex somatosensoriel. D’autres travaux publiés en 2026 vont dans le même sens, avec des cycles respiratoires associés à certains motifs d’oscillations neuronales.

Ce qu’on ne peut pas conclure, et ce que la suite vise

Mais il faut rester sobre. L’étude porte sur un petit groupe de jeunes adultes et sur une tâche très précise, en laboratoire. Elle ne permet pas de dire qu’expirer au bon moment ferait automatiquement de vous un meilleur conducteur ou un meilleur sportif.

La respiration n’est d’ailleurs pas une phase simplement bonne ou mauvaise pour le cerveau. D’autres recherches ont trouvé des avantages liés à d’autres moments du cycle respiratoire, par exemple pour la mémoire, la reconnaissance émotionnelle ou certaines tâches visuospatiales. Erika M. Yamazaki, autrice principale, rappelle d’ailleurs que « l’étude de la connexion entre le cerveau et le corps est encore un champ de recherche nouveau ».

Et la suite regarde du côté du sommeil. Le laboratoire de Ken Paller travaille, avec un financement des Instituts nationaux de la santé des États-Unis, sur les liens entre respiration, sommeil et apnée du sommeil. L’enjeu, à terme, serait de mieux comprendre cette conversation entre poumons et cerveau pour explorer des stratégies non invasives capables d’améliorer le repos et le fonctionnement cognitif dans la journée.

Germain Montor

Spécialiste Santé

Rédacteur web spécialisé dans l’univers de la santé et du bien-être

X Tous ses articles →
Une erreur dans cet article ?

Nous apportons le plus grand soin à chaque article et nous appuyons sur des sources fiables. Personne n'est à l'abri d'une erreur : si vous en repérez une, signalez-la, nous la corrigerons au plus vite.

Sujets
Cerveau Comportement Étude Recherche

Lisez Actusante.net en priorité sur Google

Ajoutez-nous à vos sources préférées : nos articles remonteront plus haut dans votre actualité.

Ajouter à mes sources