Une étude révèle pourquoi certains s’enivrent sans avoir bu d’alcool

Image d'illustration. Alcool femmeADN
Une récente étude met en lumière les raisons pour lesquelles certaines personnes présentent des symptômes d’ivresse sans avoir consommé la moindre goutte d’alcool, révélant ainsi des mécanismes biologiques surprenants à l’origine de ce phénomène encore méconnu.
Tl;dr
- Bactéries, pas levures, responsables du syndrome d’auto-brasserie.
- Deux espèces bactériennes surreprésentées chez les patients ABS.
- Transplantation fécale : espoir de traitement prometteur.
Le syndrome d’auto-brasserie : une énigme médicale mieux comprise
À la croisée des préoccupations médicales et sociétales, le syndrome d’auto-brasserie demeure un phénomène aussi rare qu’intrigant. Ce trouble se manifeste par une ivresse inexpliquée après l’ingestion de nourriture, sans consommation d’alcool. Bien que longtemps attribuée à des champignons, cette pathologie voit aujourd’hui sa cause principale déplacée vers le monde bactérien.
Bactéries en cause, pas seulement les levures
Les recherches menées sous la houlette de Elizabeth Hohmann (Massachusetts General Hospital) et Bernd Schnabl (University of California San Diego) bouleversent une croyance ancrée. En comparant les échantillons fécaux de 22 personnes atteintes du syndrome et ceux de leurs proches non concernés, ils mettent en lumière deux coupables bactériens majeurs : Klebsiella pneumoniae et Escherichia coli. Ces espèces sont nettement plus abondantes chez les patients ABS, notamment lors des « poussées » où l’intoxication se manifeste. Fait marquant : durant ces épisodes, le taux d’éthanol produit par ces bactéries s’envole.
Pistes thérapeutiques émergentes et enjeux sanitaires
Un point retient particulièrement l’attention des chercheurs : un patient a connu une rémission durable après deux transplantations de selles provenant d’un donneur sain – près de seize mois sans rechute, selon sa famille qui évoque un retour à la normale quasi complet. Cela ouvre la voie à des traitements innovants pour rééquilibrer le microbiote intestinal :
- Transplantation fécale
- Probiotiques ciblés
- Modification du régime alimentaire pour favoriser certaines bactéries bénéfiques
Des recherches complémentaires pourraient viser les gènes bactériens impliqués dans la production excessive d’éthanol, avec l’espoir d’endiguer durablement les symptômes.
Dépistage difficile et nouvelles perspectives scientifiques
Pour beaucoup de patients, le parcours reste semé d’embûches : « Nombreux sont ceux qui consultent sans jamais être crus ni diagnostiqués, suspectés à tort d’alcoolisme caché », rappellent les auteurs. Outre les ravages sociaux et familiaux déjà causés par la maladie, l’étude souligne aussi que ce déséquilibre microbien n’est peut-être pas propre au seul ABS. En effet, il existe des liens entre microbes producteurs d’éthanol et maladies hépatiques comme la stéatose hépatique non alcoolique.
Cette avancée conforte l’importance cruciale du microbiome intestinal, non seulement dans le cas du syndrome d’auto-brasserie mais aussi dans des pathologies plus répandues – un champ qui ne cesse désormais de s’élargir.
