Vieillir moins vite, l’immunité redevient un levier très concret

Séniors japonais faisant du Tai Chi dans un cadre naturel
Image d'illustration. Personnes âgées japonaises pratiquant le tai chi — ADN

Renforcer son immunité ne veut pas dire l’emballer. Le vrai enjeu, c’est d’éviter l’inflammation chronique qui use l’organisme avec l’âge.

En bref

  • Booster l’immunité n’est pas toujours une bonne idée
  • L’inflammation chronique pèse sur le vieillissement
  • La recherche vise aussi un vrai rajeunissement immunitaire

On entend partout qu’il faudrait stimuler l’immunité. Sauf que, biologiquement, ce n’est pas si simple. L’inflammation est justement l’un de ses modes d’action, et tout le sujet consiste à en avoir assez pour se défendre, pas au point de s’abîmer avec l’âge.

Le vrai piège, ce n’est pas l’infection ponctuelle

Quand elle est aiguë, l’inflammation rend service. Elle monte en cas d’infection ou de blessure, puis redescend. Le problème, c’est la version chronique, une activité de fond qui tend à augmenter en vieillissant et qui est associée à des maladies comme le cancer, les pathologies cardiaques ou la démence.

Cette dérive gêne aussi une autre mission du système immunitaire, repérer les cellules anormales ou les cellules sénescentes, celles qui s’accumulent avec l’âge. Et ces cellules sénescentes entretiennent à leur tour l’inflammation. Cercle vicieux, clairement.

Bouger et garder un poids stable, ce n’est pas qu’une affaire de silhouette

Le point pratique, il est là. Le tissu graisseux semble favoriser cette inflammation chronique, même si les chercheurs ne tranchent pas encore entre le rôle des cellules graisseuses elles-mêmes et celui des cellules immunitaires qui les entourent. Maintenir un poids sain pourrait donc aider à calmer ce bruit de fond inflammatoire.

Même logique pour l’activité physique. Les muscles actifs sécrètent des molécules anti-inflammatoires, alors que l’immobilité va dans l’autre sens. Faire du sport compte, mais éviter de rester assis toute la journée compte aussi. Se lever chaque heure et marcher un peu, ce n’est pas spectaculaire, mais ce n’est pas anecdotique non plus.

Les infections laissent parfois une addition plus longue que prévu

Tomber malade ne se résume peut-être pas à quelques jours pénibles. Des travaux suggèrent qu’une forte exposition aux infections au cours de la vie pourrait peser sur la santé plus tard. Un virus revient souvent dans ce dossier, le CMV, ou cytomégalovirus. Il est généralement discret, mais il persiste dans l’organisme et pourrait accélérer le vieillissement immunitaire en monopolisant une part croissante des défenses.

Dans une étude menée en Californie, les personnes ayant les niveaux d’anticorps anti-CMV les plus élevés avaient un risque de décès supérieur de 40% sur la décennie suivante. Cela ne prouve pas une causalité directe, mais le signal mérite l’attention.

D’où les conseils les plus simples, et pas mal utiles: vaccination contre la grippe et le coronavirus, lavage des mains, cuisson correcte des aliments, masque en lieu à haut risque, et repos à domicile quand on est malade. Même l’hygiène bucco-dentaire compte, avec le brossage et le fil dentaire, car limiter les bactéries de la bouche pourrait réduire le risque cardiovasculaire, et peut-être aussi de démence.

Le thymus, cet organe qui décroît tôt mais intéresse à nouveau la recherche

Le thymus, situé derrière le sternum, forme les cellules T. Or il fond tôt: vers 30 ans, 75% de cet organe a disparu. La recherche teste plusieurs pistes pour freiner ce déclin, relancer le gène FOXN1, utiliser des cellules souches, ou encore combiner des hormones avec la metformine chez des hommes de 51 à 65 ans.

En attendant, l’exercice revient encore. Une étude chez des 55-80 ans qui faisaient régulièrement du vélo a observé davantage de cellules T fraîchement issues du thymus, à un niveau comparable à celui d’adultes plus jeunes.

Réinitialiser l’immunité, la piste la plus ambitieuse

La voie la plus radicale ressemble à un redémarrage complet: la greffe de moelle osseuse. Chez la souris, de jeunes cellules souches sanguines améliorent la santé et allongent la vie. Mais chez l’humain, la procédure reste lourde.

Du coup, les équipes cherchent plus ciblé. Des anticorps ont permis d’éliminer chez des souris âgées des cellules souches de moelle devenues trop orientées vers les cellules myéloïdes, celles qui alimentent l’inflammation. Résultat, une meilleure réponse immunitaire, y compris après vaccination contre le Friend virus. Autre piste, des anticorps contre l’interleukin-11, ou IL-11, ont prolongé la vie de souris d’âge moyen de 25%. Les premiers essais indiquent une sécurité encourageante chez l’humain. Pour vous, ce que ça change aujourd’hui reste assez sobre: les vieux conseils tiennent toujours, mais la médecine commence, enfin, à viser un vrai rajeunissement immunitaire.

Germain Montor

Spécialiste Santé

Rédacteur web spécialisé dans l’univers de la santé et du bien-être

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