Ebola, un autre virus et trois vaccins qui arrivent trop lentement

Image d'illustration. Seringue vaccinADN
Trois vaccins contre le virus Ebola Bundibugyo sont financés en urgence. Prometteur, oui, mais le contrôle de l’épidémie reste encore loin.
En bref
- Trois vaccins ciblent le virus Bundibugyo
- Les vaccins existants visent une autre souche
- Le contrôle de l’infection reste central
On a déjà des vaccins contre Ebola. Et pourtant, ils ne répondent pas à l’urgence actuelle en République démocratique du Congo et en Ouganda.
Le point clé est là. Les deux vaccins approuvés, Ervebo et Zabdeno/Mvabea, protègent contre le virus Ebola de Zaïre. Or la flambée en cours concerne le virus Ebola de Bundibugyo, une autre souche. Comme les protéines de surface diffèrent, la cible du vaccin change aussi. Résultat, les outils déjà validés ne sont pas assez adaptés pour cette épidémie.
Pourquoi les vaccins déjà approuvés ne suffisent pas
C’est ce qui explique le nouveau coup d’accélérateur financier. La Coalition for Epidemic Preparedness Innovations a annoncé jusqu’à environ 54 millions d’euros (62 millions de dollars) pour pousser au plus vite le développement d’un premier vaccin humain spécifique à Bundibugyo. L’objectif est simple sur le papier, beaucoup moins dans la vraie vie, faciliter les essais cliniques pour qu’un candidat sûr et efficace puisse arriver plus vite.
Trois pistes, trois niveaux d’avance
Le candidat jugé le plus prometteur par un panel d’experts de l’Organisation mondiale de la Santé vient de IAVI avec l’University of Texas Medical Branch. C’est un vaccin en une dose, construit sur une approche proche de celle d’Ervebo. Chez le macaque, il a protégé contre le virus Bundibugyo. Mais il n’a pas encore été testé chez l’humain, et l’OMS situe d’éventuels essais dans sept à neuf mois.
Deuxième piste, Moderna. Ici, on est sur un vaccin à ARN messager visant la glycoprotéine de surface du virus. Le financement doit servir aux travaux précliniques, donc en laboratoire ou chez l’animal, puis aux essais chez l’humain.
Le troisième candidat est porté par l’Université d’Oxford et le Serum Institute of India. Sa technologie reprend en gros celle du vaccin Oxford/AstraZeneca contre le Covid. Les tests ne font que commencer et le panel de l’OMS demande encore des données animales supplémentaires. Mais ce candidat pourrait entrer en essai clinique humain d’ici à deux ou trois mois. Si ça marchait, une dose pourrait convenir aux contacts de cas confirmés, quand deux doses pourraient être envisagées pour des personnes très exposées, comme les soignants et intervenants de première ligne.
L’épidémie reste difficile à contenir
Au 2 juin, les autorités sanitaires de RDC rapportaient 344 cas confirmés et 60 décès confirmés liés à l’épidémie. En Ouganda, 15 cas confirmés étaient recensés, avec un décès. C’est moins que les plus de 1.000 cas suspects évoqués auparavant, ce qui va dans le bon sens, quand même.
Mais il ne faut pas confondre amélioration du bilan et sortie de crise. Les essais avancés se font souvent dans les zones touchées, qui peuvent être isolées, sous-dotées en soins, parfois en zone de conflit. À cela s’ajoutent les difficultés de recrutement pour les essais, nourries par la méfiance vaccinale et la désinformation.
D’ici là, le contrôle de l’infection reste la vraie digue
Même avec de l’argent frais, il faut encore prouver la sécurité et l’efficacité, obtenir les autorisations, produire à grande échelle, puis acheminer les doses jusqu’aux patients. Bon, un vaccin changerait clairement la capacité à contrôler cette flambée et à préparer les suivantes. Mais pour le moment, ce qui protège le plus reste le contrôle de l’infection, sur le terrain, tout de suite.
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