Des clichés du fond d’œil ne diagnostiquent pas Alzheimer. Mais ils pourraient repérer, des années plus tôt, des signes liés au risque de déclin cognitif.
- La rétine pourrait signaler un risque futur
- L’étude porte sur 62 876 clichés
- Ce n’est pas un diagnostic précoce
Des images du fond d’œil, déjà prises en routine chez certains patients, pourraient aider à repérer un risque d’Alzheimer bien avant les premiers symptômes. C’est l’intérêt concret de l’étude menée par l’Université de Floride à partir de la base UK Biobank. Pas de quoi confondre vitesse et précipitation, quand même : on ne parle pas d’un test capable de diagnostiquer la maladie des années à l’avance.
Des images déjà banales, mais un usage nouveau
La rétine, située au fond de l’œil, est un tissu sensible à la lumière composé de plusieurs couches de neurones. Depuis quelques années, elle intrigue de plus en plus les chercheurs, parce qu’elle pourrait montrer des signes visibles d’un problème qui, lui, se joue dans le cerveau.
Ici, l’idée est simple. Si ces photographies contiennent des indices liés au déclin cognitif, elles pourraient devenir un point de suivi utile, d’autant qu’elles sont déjà réalisées chez des personnes suivies pour une cataracte, un glaucome ou un diabète.
Ce que l’algorithme a vraiment cherché
L’équipe dirigée par Ruogu Fang a analysé 62 876 clichés rétiniens provenant de plus de 40 000 participants de UK Biobank. Son outil d’apprentissage automatique a été entraîné à prédire 12 facteurs liés à un risque plus élevé d’Alzheimer, notamment l’âge, le tabagisme, la pression artérielle, l’alcool, le sommeil, la dépression, le sexe ou encore l’indice de masse corporelle.
Le point important, c’est celui-là : les images ne prédisent pas seules la maladie. Les modèles combinent des facteurs démographiques, métaboliques, vasculaires et de mode de vie avec les photographies de la rétine et les risques qui leur correspondent.
Les signaux vus dans l’œil, et leurs limites
Les chercheurs ont repéré plusieurs marqueurs discrets associés au développement de la maladie. Parmi eux, une raideur vasculaire, une baisse de la densité des vaisseaux sanguins et un amincissement du nerf optique, des signes qui évoquent aussi le vieillissement de la rétine.
Chez les personnes qui ont ensuite développé un Alzheimer, les clichés montraient aussi un rétrécissement de petites artères et artérioles rétiniennes. Cela colle avec des travaux antérieurs. Mais il faut rester rigoureux : ce sont des associations, pas une preuve que ces anomalies causent la maladie. L’hypothèse d’un dysfonctionnement neurovasculaire plus large est évoquée, rien de plus à ce stade.
Pourquoi cette piste intéresse au-delà d’Alzheimer
Ruogu Fang explique que la maladie se développe sur des décennies alors que beaucoup d’outils diagnostiques ciblent des stades tardifs, quand il est plus difficile d’agir. D’où l’intérêt de biomarqueurs nouveaux, comme l’état de la rétine, pour identifier plus tôt des patients à risque et orienter, ensuite, vers des examens adaptés.
Et ce n’est pas limité au cerveau. D’autres travaux suggèrent déjà que la rétine pourrait aussi refléter l’état de santé général, y compris la santé osseuse ou le risque de décès précoce. Publiée dans le Journal of Alzheimer’s Disease, l’étude renforce donc une idée assez forte : l’œil n’est peut-être pas seulement une fenêtre sur la vision, mais aussi sur l’histoire biologique d’une personne.