En Espagne, l’aphasie concernerait près de 40.000 nouveaux patients par an après un AVC. Un trouble du langage lourd, souvent mal compris, mais pas sans recours.
En bref
- Un AVC sur trois entraîne une aphasie
- Près de 40 000 nouveaux cas par an
- La rééducation peut aider longtemps
Entre 110 000 et 120 000 AVC surviennent chaque année en Espagne. Dans ce total, près d’un patient sur trois développe une aphasie, ce qui représente autour de 40 000 nouveaux cas par an. Et ce n’est pas un sujet marginal, puisqu’environ 350 000 personnes vivent déjà avec ce trouble dans le pays, d’après Irene de Torres García, spécialiste en médecine physique et réadaptation à l’Hôpital universitaire Reina Sofía de Cordoue et membre de la direction de la SERMEF.
Un trouble fréquent, bien au-delà d’une simple difficulté à parler
L’aphasie est un trouble du langage qui peut altérer brutalement la capacité à communiquer. Elle apparaît souvent après un AVC, qui reste la cause la plus fréquente. Mais pas seulement. Irene de Torres García rappelle qu’elle peut aussi suivre un traumatisme crânien, une infection, une hémorragie, une tumeur ou une autre lésion cérébrale.
Au passage, elle s’inscrit dans ce que les médecins appellent le dommage cérébral acquis, c’est-à-dire une lésion survenue au cours de la vie chez une personne auparavant en bonne santé. Avec, selon les cas, des séquelles physiques, cognitives, émotionnelles ou liées à la communication.
Ce que l’aphasie change vraiment dans la vie quotidienne
Le problème, ce n’est pas seulement de trouver ses mots. L’aphasie est associée à plus de handicap, à davantage de difficultés dans les activités de la vie quotidienne, à une qualité de vie plus dégradée et à un recours plus important à la rééducation. Le retour à la maison ou au travail devient aussi plus compliqué. Résultat, pas mal de patients décrivent un vrai isolement.
Point important, quand même. Un langage altéré ne veut pas dire intellect altéré. Certaines personnes peuvent avoir en plus des troubles de la mémoire, de l’attention, de la résolution de problèmes ou de la vitesse de traitement. Mais il ne faut pas partir du principe qu’une personne qui s’exprime mal ne comprend pas.
Aider à communiquer, sans parler à la place du patient
C’est sans doute l’un des messages les plus utiles. Pour réduire la barrière de communication, Irene de Torres García recommande de laisser du temps, de proposer des indices de langage ou un appui visuel, et surtout de s’adresser directement à la personne concernée.
Et d’éviter le reste, les cris, la précipitation, les stigmates, l’infantilisation. Bon, ça paraît évident. En pratique, ça ne l’est pas toujours.
Une rééducation qui peut durer, et rester utile tardivement
La récupération, elle, ne s’arrête pas forcément au bout d’un an. Selon la spécialiste, les patients comme les données scientifiques vont dans le même sens, un traitement peut encore produire des effets en phase chronique, même plus lentement, parce que le cerveau adulte garde une capacité d’apprentissage et de réorganisation.
Les travaux récents soutiennent des prises en charge d’orthophonie intensives, prolongées et personnalisées. La kinésithérapie et l’ergothérapie peuvent aussi compter, dans une approche multidisciplinaire. Et la thérapie ne se limite pas à la séance, les tentatives de communication répétées dans la journée participent aussi aux progrès. Ce que ça change pour vous, si vous êtes proche d’un patient, est assez concret, continuer à solliciter la parole et la communication a du sens, même avec le temps.