Cancer chez les jeunes adultes, l’alerte sans parler d’épidémie

Ruban bleu cancer
Image d'illustration. Ruban bleu cancer — ADN

Le cancer progresse chez certains 19-49 ans, sans explication unique. Les chercheurs veulent comprendre ce qui change, du mode de vie à la biologie des tumeurs.

En bref

  • Hausse réelle pour certains cancers avant 50 ans
  • Les causes restent multiples et mal comprises
  • Le retard diagnostique inquiète particulièrement

Avoir un cancer à 25, 35 ou 45 ans ne pose pas seulement une question médicale. Pour les équipes de CNIO, cela touche aussi la fertilité, la grossesse, les études, le travail, l’accès à une assurance ou à un crédit, sans oublier des séquelles qui peuvent durer des décennies. Núria Malats insiste sur ce point, le problème est aussi un enjeu de santé publique au sens large, avec pas mal d’acteurs à coordonner.

Un impact qui déborde largement l’hôpital

Chez les jeunes adultes, la maladie arrive à un âge où tout se construit encore. Résultat, les besoins ne sont pas les mêmes que chez les plus de 50 ans. Núria Malats cite la santé mentale, l’isolement social, le projet d’enfant ou la vie professionnelle. Et ce n’est pas secondaire.

Elle défend donc une approche plus globale, pas seulement centrée sur la tumeur. L’enjeu, selon elle, est de comprendre toute la biologie derrière ces cancers, mais aussi les dimensions sociales qui aggravent leurs conséquences.

Pas une épidémie, mais un vrai signal

Le message est prudent. La hausse observée chez les 19-49 ans n’est pas une épidémie, précise Núria Malats, mais bien un signal épidémiologique. Surtout, la tendance varie beaucoup selon le pays, l’âge exact et le type de cancer.

Autre point important, cette progression ne s’explique pas simplement par un meilleur dépistage. En s’appuyant sur un rapport du Centre international de recherche sur le cancer, dépendant de l’OMS, elle rappelle que les cancers du côlon, du pancréas, du sein, de l’endomètre et du rein augmentent, et que pour certains, notamment le côlon et le pancréas, l’argument de la détection plus efficace ne tient pas vraiment.

Les pistes s’accumulent, sans cause unique

Les chercheurs regardent du côté de l’exposome, c’est-à-dire l’ensemble des expositions au cours de la vie. Obésité chez les jeunes, inflammation, sédentarité, tabac, alcool, aliments ultratransformés, résistance à l’insuline, diabète, rayonnement ultraviolet, perturbateurs endocriniens, déséquilibre du microbiome, terrain génétique, tout cela peut interagir. Bref, il n’y a pas un coupable unique.

Núria Malats veut aussi savoir si, au niveau moléculaire, un cancer chez un adulte jeune est le même que chez un patient plus âgé. C’est décisif pour juger si les traitements doivent répondre de façon comparable ou s’il faut être plus agressif.

Le point faible espagnol, ce sont les données

L’autre problème, c’est la mesure. María José Sánchez souligne qu’en Espagne, il manque un véritable registre populationnel national, ce qui empêche de connaître précisément le nombre de cas annuels. Elle cite quand même une étude de REDECAN, publiée cette année à partir de données 1993-2018 de 15 registres, avec un chiffre qui marque: chez les Espagnoles de 20 à 29 ans, l’incidence du cancer du côlon augmente de 21% par an, contre 6% chez les hommes du même âge.

Elle alerte aussi sur le retard diagnostique, parce qu’à 20 ans ni le patient ni parfois le soignant ne pensent d’abord au cancer devant un saignement. Pour la suite, CNIO et ISCIII poussent plusieurs priorités, mieux suivre les générations, intégrer davantage de jeunes adultes dans les études, travailler sur les expositions dès la grossesse, et alléger l’administratif pour laisser les chercheurs chercher. Concrètement, c’est ça qui peut changer la réponse dans les années qui viennent.

Germain Montor

Spécialiste Santé

Rédacteur web spécialisé dans l’univers de la santé et du bien-être

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