Ce mollusque d’Antarctique ouvre une piste sérieuse contre le mélanome

Antarctique
Image d'illustration. Antarctique — ADN

En Antarctique, une ascidie héberge une bactérie dont un composé tue des cellules de mélanome sans abîmer d’autres cellules humaines.

En bref

  • Une ascidie antarctique intrigue les chercheurs
  • Son composé vise les cellules de mélanome
  • Le travail en est encore au laboratoire

Traiter un cancer sans abîmer les cellules saines, c’est l’un des nœuds du problème. C’est précisément pour cela que la découverte annoncée par des chercheurs de l’University of South Florida retient l’attention. Chez une ascidie prélevée en Antarctique, ils ont identifié une bactérie contenant un composé toxique capable de tuer des cellules de mélanome sans nuire à d’autres cellules humaines.

La vraie bonne nouvelle, c’est la sélectivité

Le point clé est là. Pas seulement dans le fait qu’un composé tue des cellules cancéreuses, mais dans sa sélectivité. Bill Baker, professeur de chimie à l’University of South Florida et co-responsable du projet, rappelle que ce critère est crucial en développement du médicament, parce qu’il s’agit de traiter la maladie sans faire payer le prix au patient.

Dit autrement, la découverte ne vaut pas promesse de guérison. Mais elle coche une case que la recherche regarde de très près.

Pourquoi l’Antarctique intéresse autant les biologistes

Ces animaux, qu’on appelle aussi ascidies ou sea squirts, sont des invertébrés marins en forme de sac qui vivent souvent sur des fonds inclinés. Celles de l’Antarctique, comme une grande partie de la faune locale, ont dû s’adapter pendant des millions d’années à des conditions très dures.

Résultat, elles produisent des défenses chimiques susceptibles de repousser prédateurs et maladies. C’est ce réservoir de molécules inhabituelles que les scientifiques viennent chercher. Et clairement, ce type d’environnement extrême donne souvent des pistes qu’on ne verrait pas ailleurs.

Une mission sous la glace, puis des années de travail

L’équipe réunissait des chercheurs de l’University of South Florida, du Desert Research Institute et de la Scripps Institution of Oceanography. Pendant six semaines, ils ont collecté ces animaux jusqu’à environ 80 pieds sous la glace, soit près de 24 mètres, dans une mission rendue difficile par l’état de la mer, la mauvaise visibilité et même la présence ponctuelle d’un léopard de mer.

Mais le plus long commence à terre. Les chercheurs analysent maintenant l’ADN, la chimie et la biologie de ces ascidies. Ce travail pourrait prendre des années. Bill Baker insiste aussi sur un point souvent oublié, l’intérêt est à la fois médical et environnemental, car comprendre l’origine et la fonction du composé conditionne toute tentative de développement en médicament.

Ce que cela change, et ce que cela ne prouve pas encore

Le mélanome, la forme la plus grave de cancer de la peau, cause environ 57 000 décès par an. Ce chiffre pourrait grimper à 96 000 d’ici à 2040. Les taux les plus élevés sont observés en Australie, en Nouvelle-Zélande, puis en Europe occidentale chez les personnes à peau claire.

Cette piste venue de l’Antarctique s’ajoute à d’autres observations étonnantes du vivant. Le rat-taupe nu semble, par exemple, totalement immunisé contre le cancer, sans qu’on sache encore pourquoi. Et aux États-Unis, des chercheurs ont aussi repéré dans le venin de scorpion un composé utile contre la forme la plus agressive d’un cancer du cerveau. Pour vous, la conséquence pratique est simple : on parle ici d’une avance de laboratoire, pas encore d’un traitement disponible.

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