Démence chez les femmes, ces signes précoces que les tests ratent

Une femme se tenant les tempes doucement, regardant par une fenêtre avec de la lumière naturelle entrant.
Image d'illustration. Femme regardant par la fenêtre — ADN

Des femmes peuvent masquer plus longtemps les premiers signes de démence. Ce décalage retarde le diagnostic et brouille les symptômes à surveiller.

En bref

  • Les tests ratent plus souvent les femmes
  • Les signes ne ressemblent pas toujours à l’oubli
  • Un diagnostic plus tôt peut aider

Pendant environ 2,7 ans, une femme peut conserver une mémoire verbale apparemment normale alors que les mêmes changements cérébraux liés à la maladie d’Alzheimer sont déjà là. C’est le résultat mis en avant par le Montreal Neurological Institute de McGill University. Le problème est concret, parce qu’une partie du dépistage repose justement sur cette mémoire verbale.

Presque trois ans d’angle mort

Chez les femmes, certains tests repèrent donc plus tard les premiers troubles cognitifs. L’étude évoque un décalage d’environ trois ans par rapport aux hommes, à lésions cérébrales comparables. Puis la baisse peut devenir plus brutale, avec des capacités cognitives qui chutent de 25 à 50 % plus vite que chez les hommes.

Des outils comme le test RAVLT, centré sur l’apprentissage verbal, ne sont pas vraiment construits pour capter ces présentations plus discrètes. Antonella Santuccione Chadha, neuroscientifique et dirigeante de la Women’s Brain Foundation, estime que des évaluations distinctes selon le sexe pourraient améliorer les choses.

Pourquoi les femmes sont davantage concernées

Le constat de départ est lourd. Aux États-Unis et dans une grande partie de l’Europe, les femmes sont environ deux fois plus touchées que les hommes. Au Royaume-Uni, Alzheimer et les autres démences sont même la première cause de décès des femmes depuis plus de dix ans.

Pour expliquer cet écart, il n’existe pas de cause unique identifiée. Les médecins avancent plusieurs pistes, la longévité d’abord, puisque les femmes vivent en moyenne plus longtemps. Il y a aussi la baisse des œstrogènes après la ménopause, leur effet potentiellement protecteur sur le cerveau, et des différences de structure cérébrale, notamment autour de l’hippocampe. S’ajoutent des facteurs sociaux comme l’éducation, le stress au long cours ou l’accès aux soins.

L’équipe cite aussi les personnes transgenres et non-binaires. Une étude a observé chez les hommes trans, les femmes trans et les adultes non-binaires un score de risque plus élevé pour Alzheimer à un âge avancé que chez les adultes cisgenres, en partie à cause de taux plus élevés de dépression, de maladies rénales et cardiaques.

Des symptômes plus discrets, parfois pris pour autre chose

Ce n’est pas seulement une affaire de mémoire. Selon Antonella Santuccione Chadha, les femmes présentent plus souvent des symptômes dépressifs, un repli sur soi, des troubles du sommeil, parfois des idées délirantes ou la sensation d’être surveillées. Bon, aucun de ces signes ne suffit à lui seul à parler de démence. Mais l’ensemble peut brouiller le tableau.

Résultat ? Certaines patientes sont d’abord orientées vers l’anxiété ou la dépression, voire reçoivent des antipsychotiques ou sont institutionnalisées. La Women’s Brain Foundation dit aussi avoir obtenu de meilleurs résultats avec des biomarqueurs numériques, en suivant par exemple la marche, les mouvements, les micro-tremblements ou la mémoire.

Le poids des biais et ce que cela change concrètement

Il y a enfin un biais très humain. Antonella Santuccione Chadha le résume ainsi : « Les femmes sont moins prises au sérieux que les hommes ». Une enquête du gouvernement britannique rapporte que certaines ont vu leurs symptômes balayés comme étant « dans leur tête ».

Même l’évaluation peut varier selon qui regarde. Des travaux ont montré que la démence était jugée plus sévère quand le médecin et l’aidant étaient des femmes que lorsqu’un homme intervenait. Et comme les femmes vivent plus longtemps, elles sont aussi plus susceptibles de ne pas avoir d’aidant pour les accompagner chez le médecin.

Le point utile pour vous, il est là. Les proches remarquent souvent les changements subtils avant une consultation. Les repérer plus tôt ne guérit pas la maladie, mais un diagnostic précoce peut aider à retarder la suite du déclin cognitif.

Germain Montor

Spécialiste Santé

Rédacteur web spécialisé dans l’univers de la santé et du bien-être

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