Des cerises importées, traitées avec un pesticide banni en France, continuent d’arriver dans nos assiettes

Image d'illustration. Assortiment vibrant de fruits sur table rustique en boisADN
Bien que l’utilisation de certains pesticides soit interdite en France, des cerises importées continuent d’arriver sur les étals, traitées avec ces produits. Ces fruits se retrouvent ainsi dans l’alimentation des consommateurs sans qu’ils en soient informés.
Tl;dr
- Interdiction du phosmet fragilise les producteurs français.
- Importations turques créent une concurrence jugée déloyale.
- Alternatives au phosmet restent expérimentales et coûteuses.
Des vergers français sous pression réglementaire
Dans le département du Vaucluse, les arbres fruitiers présentent une floraison éclatante, mais derrière ce tableau idyllique, l’inquiétude domine chez les producteurs de cerises. Depuis la décision prise à l’automne 2022 par la Commission européenne d’interdire le phosmet, un pesticide jusque-là efficace contre la prolifération de la Drosophila suzukii, ces derniers redoutent pour la viabilité de leurs exploitations. Ce moucheron invasif, arrivé en France il y a une dizaine d’années, met en péril chaque printemps des récoltes entières en perforant les fruits avant leur maturité.
Une concurrence exacerbée par l’importation turque
L’interdiction du phosmet s’applique strictement à tous les États membres de l’Union européenne. Pourtant, ailleurs dans le monde, notamment en Turquie – désormais l’un des grands exportateurs vers la France –, son usage reste autorisé. Cette différence de réglementation se traduit par un déséquilibre que dénoncent vivement les syndicats agricoles locaux. En avril 2023, la FRSEA et les Jeunes Agriculteurs PACA ont ainsi tiré la sonnette d’alarme face à cette « distorsion de concurrence ». Ils pointent du doigt l’arrêté du 29 mars 2023 qui ne suspend que temporairement l’importation des cerises dites « de bouche », celles destinées à être consommées crues, en provenance de pays où le phosmet est toujours utilisé. Les produits transformés – confitures, sirops ou pâtisseries industrielles – continuent quant à eux d’arriver sur le marché français sans restriction.
Une souveraineté alimentaire remise en cause
Pour les représentants syndicaux, cette situation porte atteinte non seulement à la compétitivité des producteurs locaux mais aussi à l’idée même de souveraineté alimentaire. Nombreux sont ceux qui s’interrogent sur la cohérence des mesures actuelles : comment justifier qu’un pesticide considéré comme dangereux soit encore présent dans certains produits finis accessibles aux consommateurs français ? Olivier Curel, figure locale de la FRSEA, s’insurge : « Il n’y a pas de raison qu’on nous pénalise et qu’on laisse les Français manger des cerises traitées au phosmet. »
Quelles alternatives au phosmet ?
Face à cet enjeu sanitaire et économique, plusieurs pistes sont aujourd’hui explorées pour remplacer le phosmet dans la lutte contre la Drosophila suzukii. Parmi elles :
- L’utilisation de parasitoïdes ciblant directement les larves nuisibles ;
- L’application de produits de biocontrôle issus de micro-organismes ou substances naturelles ;
- Le recours à la technique dite « insecte stérile » (TIS), avec libération de mâles infertiles pour limiter la reproduction.
Toutes ces solutions restent pour l’instant expérimentales ou trop coûteuses pour une adoption massive. Dans cette période d’incertitude, producteurs comme consommateurs peinent à trouver leurs repères : difficile aujourd’hui d’assurer une production totalement « propre » sans outils phytosanitaires efficaces. La filière cerise française attend donc avec impatience des réponses concrètes, tant sur le plan réglementaire que scientifique.
