En Espagne, la douleur motive une consultation de médecine générale sur deux. Derrière une partie de ces cas, un mal nerveux souvent long à diagnostiquer.
En bref
- La douleur pèse lourd en soins primaires
- La forme neuropathique reste souvent sous-diagnostiquée
- Le repérage précoce peut mieux la contrôler
En Espagne, la douleur est derrière environ une consultation de soins primaires sur deux. Et jusqu’à un quart de ces consultations pourrait être lié à une douleur neuropathique, cette douleur d’origine nerveuse que les traitements habituels soulagent souvent mal.
Une douleur très présente, bien au-delà des cas les plus visibles
Les chiffres donnent l’échelle du sujet. Plus de 30% de la population espagnole souffre d’un type de douleur, surtout entre 45 et 54 ans, avec une majorité de femmes, autour de 60%. Parmi eux, 18% vivent avec une douleur chronique, c’est-à-dire depuis plus de trois mois, et plus de 5% en ressentent chaque jour.
Dans cet ensemble, la neurologue Montserrat González Platas, qui coordonne le groupe d’étude sur la douleur neuropathique de la Société espagnole de neurologie, indique que plus de 60% des personnes atteintes de douleur chronique ont, à des degrés divers, une composante neuropathique. Ce type de douleur toucherait plus de 3 millions de personnes en Espagne, avec environ 400 000 nouveaux diagnostics chaque année. À l’échelle mondiale, l’estimation va de 7 à 10% de la population.
Pourquoi ce type de douleur est si difficile à vivre
Il faut distinguer trois grandes familles. La douleur nociceptive apparaît en réponse à une lésion, une infection ou une maladie. La douleur nociplastique renvoie à un dérèglement fonctionnel des voies de la douleur. La neuropathique, elle, vient d’une lésion ou d’un dysfonctionnement du système nerveux lui-même.
C’est là que ça se complique. Selon Montserrat González Platas, cette douleur n’a pas de fonction protectrice : elle ne signale pas un dommage réel en cours, c’est le système nerveux qui interprète anormalement certains stimuli comme douloureux. Les patients parlent souvent de brûlures, de sensations de piqûre, de crampes ou de décharges électriques, parfois dans une zone précise, parfois dans plusieurs.
Le vrai nœud, c’est le retard au diagnostic
Cette douleur est aussi celle qui handicape le plus et qui répond le moins bien aux traitements conventionnels. Les médicaments actuels apportent un soulagement jugé adéquat à moins de 60% des patients. Et 85% disent que leur qualité de vie en est nettement affectée.
Le tableau derrière est lourd. 60% souffrent de troubles du sommeil, près de 40% de fatigue chronique, 34% de dépression et 25% d’anxiété. Environ 65% ont dû restreindre leurs activités quotidiennes, et jusqu’à 40% vivent avec cette douleur depuis plus de cinq ans.
Ce que les sociétés savantes veulent changer maintenant
Le problème, selon la Société espagnole de neurologie, c’est aussi le sous-diagnostic. La douleur neuropathique coexiste souvent avec d’autres douleurs et son diagnostic repose surtout sur la clinique, donc sur les symptômes rapportés. Résultat, six patients sur dix peuvent attendre deux ans ou plus avant d’obtenir un diagnostic précis.
À l’occasion de la Journée mondiale contre la douleur, célébrée le 17 octobre, l’Association internationale pour l’étude de la douleur a d’ailleurs fait de 2026 l’Année mondiale de la douleur neuropathique. L’objectif est clair, mieux repérer, mieux former, mieux traiter. Avec, quand même, une idée simple pour les patients comme pour leurs proches, plus cette douleur est identifiée tôt, plus elle a de chances d’être contrôlée, même si elle ne disparaît pas toujours complètement.