Une étude du Lancet Public Health place Singapour en tête pour l'espérance de vie, mais avec un revers net: de longues années vécues en mauvaise santé.
En bref
- Singapour vit le plus longtemps
- Mais la fin de vie y est souvent malade
- L’écart s’élargit presque partout
Gagner presque vingt ans d’espérance de vie en une génération, c’est considérable. Mais si une part croissante de ce temps se passe avec des douleurs, des troubles chroniques ou des limitations, le progrès change de visage.
Des années gagnées, pas forcément en bonne forme
L’étude publiée dans The Lancet Public Health a estimé les trajectoires de 204 pays avec des données de 2023. Elle montre que l’espérance de vie mondiale est passée de 64,6 ans en 1990 à 73,8 ans en 2023. Le souci, c’est que l’espérance de vie en bonne santé n’a pas suivi au même rythme. Résultat, les adultes passent désormais environ une année sur sept en mauvaise santé.
Les chercheurs parlent d’un écart de morbidité, c’est-à-dire la distance entre les années vécues tout court et celles vécues en bon état de santé.
Le record de Singapour a un revers très concret
À Singapour, ce contraste saute aux yeux. Le pays affiche l’espérance de vie la plus élevée au monde, au-delà de 85 ans en moyenne. Mais les habitants y passent aussi les 11,2 dernières années de leur vie avec une santé dégradée.
Marie Ng, de la Yong Loo Lin School of Medicine à la National University of Singapore, explique que cette longévité ne tient pas à un facteur unique. Elle évoque des politiques menées sur le long terme, un système de soins solide, une protection sociale robuste et une gouvernance appuyée sur les preuves. C’est précisément ce qui rend le paradoxe intéressant: on peut très bien réussir à faire vivre plus longtemps, sans réussir autant à faire vivre mieux.
Femmes et hommes, un écart qui ne raconte pas la même chose
À l’échelle mondiale, les femmes vivent plus longtemps que les hommes. Mais elles passent aussi davantage d’années en mauvaise santé, avec un écart moyen de 12,1 ans contre 9,3 ans pour les hommes.
À Singapour, l’écart est encore plus marqué. Les femmes n’y vivent que 4,4 ans de plus que les hommes, mais elles cumulent 21,1 années de mauvaise santé, contre 10,4 pour eux. Julian Mutz, du King’s College London, rappelle que ce paradoxe est connu de longue date et encore mal expliqué.
Douleurs, diabète, chutes: ce qui pèse sur la fin de vie
Ce sont surtout les troubles musculosquelettiques, les maladies non transmissibles comme le diabète, l’hypertension ou les maladies cardiaques, les blessures liées notamment aux chutes, les troubles mentaux et les atteintes des organes des sens, comme la perte d’audition, qui creusent cet écart. À eux seuls, ces groupes de pathologies représentent 57,4% du phénomène mondial.
Pour Simon Jones, du Centre for Musculoskeletal Ageing de l’University of Birmingham, le poids des troubles musculosquelettiques est le signal le plus fort. Et il est parlant pour vous comme pour les proches: plus d’années de vie peut aussi vouloir dire plus d’années à gérer un mal de dos, une dépression, un trouble neurologique ou un diabète.
L’étude note aussi que cet écart se creuse dans 203 pays sur 204, seule la Palestine faisant exception. Les États-Unis arrivent en tête des années vécues en mauvaise santé, devant l’Australie et le Canada. Bon, le message est simple: la réussite sanitaire ne se mesure plus seulement à la durée de vie, mais à la qualité réelle de ces années en plus.