Vivre 200 ans reste plausible, pas l’immortalité, selon une étude

Séniors japonais faisant du Tai Chi dans un cadre naturel
Image d'illustration. Personnes âgées japonaises pratiquant le tai chi — ADN

Une modélisation publiée dans npj Aging estime qu’au-delà de 150 à 190 ans, les mutations de l’ADN finiraient par bloquer l’organisme.

En bref

  • Le modèle place la médiane entre 146 et 194 ans
  • Les mutations d’ADN continueraient malgré tout traitement anti-âge
  • Cœur et cerveau semblent les plus vulnérables

150 à 190 ans, pas beaucoup plus. C’est la fourchette avancée par une équipe du Skolkovo Institute of Science and Technology, en Russie, dans une étude publiée par npj Aging. L’idée frappe, parce qu’elle ne parle pas de retraite ou de records anecdotiques, mais d’une limite biologique possible, même dans un scénario très optimiste.

Un plafond bien plus haut qu’aujourd’hui, mais pas infini

Les chercheurs ne disent pas que nous vivrons bientôt jusqu’à 190 ans. Leur calcul ressemble plutôt à une expérience de pensée. Ils ont demandé ceci : si l’on supprimait tous les autres grands moteurs du vieillissement, est-ce que les seules mutations aléatoires de l’ADN suffiraient encore à fixer une borne ?

Leur réponse est oui. Selon les versions du modèle, la durée de vie médiane d’une population débarrassée des maladies liées à l’âge irait de 146 à 194 ans. C’est presque le double de la longévité actuelle, autour de 79 ans dans les contextes les plus favorables. Mais l’immortalité, elle, sort du cadre.

Pourquoi l’ADN revient au centre du débat sur le vieillissement

Avec l’âge, notre ADN accumule des erreurs. À chaque division cellulaire, de petites mutations peuvent apparaître. Le corps en répare une grande partie, heureusement, mais pas toutes.

La plupart de ces mutations somatiques restent sans effet visible. Certaines favorisent des maladies, comme le cancer. Et même si l’on imagine un monde où cancer, démence ou maladies cardiovasculaires seraient évités, ces altérations continueraient de s’accumuler et finiraient, selon l’analyse, par dégrader le fonctionnement des cellules. C’est un point important : les auteurs ne disent pas que ces mutations expliquent à elles seules tout le vieillissement. Ils testent leur poids propre.

Le cerveau et le cœur, points faibles du modèle

Tous les tissus ne sont pas logés à la même enseigne. La peau et le foie remplacent en permanence une partie de leurs cellules. En gros, ils peuvent renouveler plus longtemps leurs effectifs.

Le problème se situe surtout ailleurs. Dans le cerveau et le cœur, beaucoup de cellules sont peu ou pas remplaçables. Les neurones longévifs, en particulier, gardent leurs mutations au fil des années. Ce sont ces cellules durables qui imposent la contrainte la plus sévère dans le modèle.

Une base de travail plus qu’un verdict

Dmitrii Kriukov, biologiste computationnel qui a dirigé les travaux, insiste sur la prudence. Il rappelle qu’il s’agit d’« une estimation mathématique, même si elle est soigneuse, et non de données expérimentales ». Et il ajoute que ces durées de vie maximales ne sont pas un destin écrit d’avance.

Ce que l’étude apporte, clairement, c’est un cadre pour mesurer la part de différents mécanismes du vieillissement. Si les mutations somatiques, à elles seules, laisseraient théoriquement vivre bien plus longtemps que nous ne vivons aujourd’hui, alors d’autres facteurs limitent déjà la machine humaine. Pour vous, cela ne change pas la vie demain matin. Mais pour la recherche sur le vieillissement, c’est une brique utile, et plutôt solide.

Germain Montor

Spécialiste Santé

Rédacteur web spécialisé dans l’univers de la santé et du bien-être

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