Les ventes explosent et les influenceurs en font un produit tendance. Mais la nicotine seule reste addictive, avec de vrais risques pour le cœur.
En bref
- Les ventes ont bondi de 207 %
- La nicotine seule reste addictive
- Jeunes enfants et ados inquiètent particulièrement
Les ventes de sachets de nicotine ont bondi de 207 % entre juin 2023 et avril 2025, d’après la CDC Foundation. Ce n’est plus un petit marché de niche. Et si le sujet remonte d’un coup, c’est aussi parce que des influenceurs bien-être les présentent comme un coup de pouce pour la concentration ou la vigilance.
Une hausse fulgurante, loin d’un simple effet de mode
On voit passer ces produits partout, avec un emballage propre, des parfums travaillés, et parfois une promesse à peine voilée de performance. Même Tucker Carlson a lancé sa propre gamme. Bon, l’idée vendue est simple, la nicotine serait presque redevenue fréquentable, parce qu’elle serait naturelle et utile pour le cerveau.
Jess Steier, du Center for Unbiased Science et Health, explique que ce retour s’appuie sur plusieurs ressorts culturels, la méfiance envers les institutions scientifiques, l’attrait pour le mot naturel, et la mode du biohacking. Sauf que naturel ne veut pas dire sans risque.
Ce que sont vraiment ces sachets, et ce que la FDA autorise
Le principe est simple. On place le sachet entre la gencive et la lèvre supérieure, la salive l’humidifie, puis la nicotine passe dans le sang par la muqueuse buccale. Ces produits sont vendus aux États-Unis depuis 2016 comme alternative aux produits du tabac.
Ils ne doivent pas être confondus avec les pastilles de nicotine destinées à l’arrêt du tabac. Les sachets, eux, ne sont pas approuvés pour cet usage. En 2025, la FDA a autorisé la commercialisation de Zyn, fabriqué par une filiale de Philip Morris, sans le valider comme aide au sevrage. Et selon Jennifer Folkenroth, de l’American Lung Association, seuls 26 produits avaient reçu une autorisation de vente en avril 2026, tous les autres étant présents illégalement sur le marché américain.
La nicotine seule n’est pas anodine
C’est le point que les médecins martèlent. Indépendamment du tabac, la nicotine est hautement addictive. Elle stimule la libération de dopamine, d’où l’effet temporaire sur l’attention. Mais elle active aussi le système nerveux sympathique, augmente la pression artérielle et le rythme cardiaque, et favorise des atteintes vasculaires.
Jennifer Folkenroth cite aussi des effets métaboliques moins connus, baisse de l’appétit au départ, hausse de la dépense énergétique au repos, puis à plus long terme risque d’insulinorésistance, de syndrome métabolique et d’accumulation de graisse abdominale. David Hill, président du conseil de l’American Lung Association, ajoute des effets plus immédiats, irritation de la bouche, nausées, fatigue, maux de tête, vertiges, voire toxicité aiguë. Chez les personnes souffrant d’une maladie coronarienne ou cérébrovasculaire, ces produits oraux sont aussi associés à une mortalité plus élevée.
Les jeunes et les enfants, angle mort du phénomène
Chez les adolescents et les jeunes adultes, l’inquiétude est encore plus nette. Jennifer Cofer, du programme EndTobacco au MD Anderson Cancer Center, rappelle que l’exposition à la nicotine avant 26 ans peut perturber le développement du cerveau. Et une dépendance commencée tôt peut durer longtemps, avec un possible passage vers d’autres produits du tabac.
Autre problème, les jeunes enfants. La FDA signale une hausse des intoxications, favorisées par des emballages colorés qui peuvent faire penser à des bonbons. Entre le 1ᵉʳ avril 2022 et le 31 mars 2025, les signalements aux centres antipoison ont augmenté régulièrement, et environ 72 % concernaient des enfants de moins de 5 ans. Concrètement, l’autorisation de vente ne veut donc pas dire produit sûr, surtout pour ceux qui ne consomment pas déjà de nicotine.