En Espagne, 61% des usagers ont déjà utilisé ou envisagent un chatbot pour un doute émotionnel. Les soignants voient aussi les effets quand l’IA brouille le diagnostic.
En bref
- 61% envisagent ou utilisent un chatbot émotionnel
- 53% des psychiatres voient des diagnostics issus d’IA
- Les soignants réclament un cadre légal
Arriver chez son psychiatre avec une réponse déjà fabriquée par un chatbot, ce n’est plus marginal. En Espagne, 53% des psychiatres interrogés disent avoir reçu des patients avec une hypothèse diagnostique élaborée par une IA. Dit autrement, l’outil ne reste plus dans le téléphone, il entre dans la consultation.
Quand le chatbot entre dans le cabinet avant le patient
L’enquête menée par Doctoralia, à l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale du 10 octobre, repose sur près de 3.000 usagers et presque 1.000 psychologues et psychiatres en Espagne. Son constat frappe : jusqu’à 61% des utilisateurs disent avoir déjà utilisé, ou au moins envisagé d’utiliser, des chatbots d’IA face à des doutes émotionnels.
Ce chiffre ne dit pas que l’IA remplace un soignant. Il montre autre chose : quand une inquiétude psychique apparaît, pas mal de personnes cherchent d’abord une réponse rapide, immédiate, disponible à toute heure.
Des hypothèses d’IA qui compliquent l’évaluation médicale
Pour Alejandro Martínez Rico, psychiatre, le problème n’est pas seulement l’afflux d’informations. Il explique que des patients arrivent avec toujours plus de contenu, mais qu’être plus informé ne veut pas dire être mieux informé. Le rôle du médecin, ajoute-t-il, consiste aussi à remettre ces éléments en contexte, à séparer les symptômes d’un diagnostic et à apporter une lecture clinique individualisée qu’un algorithme ne remplace pas.
Les spécialistes interrogés préviennent d’ailleurs qu’arriver au rendez-vous avec des conclusions issues d’un chatbot peut gêner l’évaluation médicale. Et ce n’est pas un détail.
Le vrai point sensible, le traitement
Selon l’enquête, 41,3% des professionnels ont déjà reçu des demandes explicites pour commencer ou modifier un traitement médicamenteux sur la base de suggestions formulées par un algorithme. Là, on change clairement d’échelle.
Autre donnée, plus préoccupante : 14,7% des psychiatres disent avoir pris en charge des personnes dont l’état s’était aggravé après avoir suivi les indications d’un chatbot. Alejandro Martínez Rico rappelle que prescrire ne consiste pas à faire correspondre un symptôme à un médicament. Il faut aussi tenir compte des antécédents, des autres traitements, des risques, de l’évolution et des préférences du patient.
Une IA utile pour l’administratif, pas pour trancher seule
Le tableau n’est pas noir pour autant. Près de 80% des professionnels interrogés estiment qu’un encadrement légal de l’IA générative en santé mentale est nécessaire. En même temps, ils distinguent l’usage non supervisé par le patient d’un appui en consultation.
C’est là que l’outil trouve aujourd’hui sa place la plus solide : plus de 75% des psychiatres et 42% des psychologues en Espagne utilisent déjà des solutions d’IA pour automatiser des tâches administratives et alléger la bureaucratie. L’idée, en gros, est simple : moins de paperasse, plus de temps pour l’attention humaine. Pour le lecteur, c’est sans doute le point clé.