Sur les réseaux, le « fibremaxxing » pousse à viser bien plus de fibres. Le problème, c’est qu’un intestin aime l’équilibre, pas les excès.
En bref
- La plupart des adultes manquent de fibres
- Mais viser 50 g peut irriter l’intestin
- Le microbiote préfère variété et régularité
Les chiffres racontent bien le problème. Au Royaume-Uni, 91 % des personnes n’atteignent pas les apports recommandés en fibres. Aux États-Unis, les enquêtes nationales de consommation arrivent au même constat, avec 95 % de la population sous les objectifs. Pourtant, sur TikTok et ailleurs, la réponse prend parfois un tour excessif.
Le vrai sujet, c’est le dosage
La recommandation habituelle tourne autour de 25 à 30 g de fibres par jour. Le « fibremaxxing », lui, pousse certaines personnes à aller bien au-delà, parfois à plus de 50 g par jour, en accumulant légumineuses, céréales complètes, fruits, légumes et parfois des compléments.
L’idée de départ n’est pas absurde. Beaucoup de régimes modernes manquent bien de fibres. Mais entre corriger un déficit et transformer l’assiette en défi quotidien, il y a un écart. Et l’intestin, lui, n’aime pas beaucoup les virages brusques.
Pourquoi les fibres sont utiles, vraiment
Les fibres sont des glucides particuliers. Contrairement à l’amidon ou au sucre, elles ne sont pas digérées dans l’intestin grêle. Elles arrivent ensuite dans le gros intestin, où des bactéries les dégradent en partie. Ce travail produit des acides gras à chaîne courte, utiles pour l’organisme.
Une autre part des fibres retient l’eau et augmente le volume des selles, ce qui peut aider à lutter contre la constipation et à régulariser le transit. Chez certaines personnes souffrant de syndrome de l’intestin irritable, surtout quand la constipation domine, cela peut aussi soulager des symptômes. Il existe aussi des indices reliant un apport suffisant en fibres à une baisse du risque de cancer colorectal, notamment via le butyrate et un temps de contact plus court entre la paroi intestinale et certaines substances nocives.
Quand l’excès irrite plus qu’il n’aide
Bon, toutes les fibres ne se valent pas. Les fibres solubles ralentissent la digestion en absorbant l’eau. Les insolubles passent davantage intactes et accélèrent plutôt le transit. D’autres sont fermentescibles et nourrissent le microbiote.
Si l’on charge trop vite, ou si l’on mise presque tout sur un seul type, on peut voir apparaître ballonnements, crampes et diarrhée. Certaines fibres insolubles, présentes par exemple dans le son de blé ou certains légumes, peuvent irriter les intestins sensibles. Et les FODMAP, un groupe de glucides fermentescibles, sont parfois mal tolérés et peuvent aggraver un syndrome de l’intestin irritable. Même des céréales très riches en fibres, à répétition, ne règlent pas tout. Elles apportent surtout un profil, pas l’ensemble.
La logique des « nettoyages » revient par une autre porte
Le fibremaxxing ressemble, en gros, à d’autres modes digestives vues en ligne. Cures de jus, thés détox, laxatifs, lavements, régimes d’éviction très stricts, le mécanisme est souvent le même, promettre un reset rapide. Le souci, c’est qu’on peut finir par déshydrater l’organisme, priver l’alimentation de nutriments utiles ou appauvrir la diversité du microbiote.
Ce que cela change concrètement
Un apport trop faible en fibres peut se manifester par de la fatigue ou une prise de poids, parce que la satiété tient moins bien et que la glycémie varie davantage après les repas. Mais la leçon n’est pas « toujours plus ». Plutôt l’inverse. Pour l’intestin, la bonne nouvelle passe par la variété, la constance et un apport équilibré, pas par une hausse brutale.