Une étude estime qu’en supprimant presque toutes les causes du vieillissement, l’ADN finirait quand même par fixer une borne à la durée de vie humaine.
En bref
- Une étude calcule un plafond théorique
- L’ADN resterait une limite majeure
- D’autres chercheurs appellent à la prudence
Près de 200 ans. Le chiffre frappe, forcément. Mais ce que des chercheurs de Skolkovo Institute of Science and Technology, à Moscou, publient dans NPJ Aging n’est pas une promesse de longévité. C’est une estimation mathématique, dans un scénario très particulier, de ce qui resterait comme limite si l’on éliminait toutes les causes réversibles du vieillissement, sauf une.
Un plafond théorique, construit sur une hypothèse extrême
Le travail part d’une question simple, et assez radicale, si l’on corrigeait tout ce qui fait vieillir l’organisme, à l’exception des altérations de l’ADN dans nos cellules, combien de temps un humain pourrait-il vivre ? Leur réponse se situe, pour une vie typique, entre 146 et 194 ans. Le modèle laisse même entrevoir, pour certains profils, une durée de vie au-delà de 550 ans.
Dit autrement, les auteurs ne disent pas que l’humain vivra bientôt deux siècles. Ils isolent un mécanisme précis pour voir jusqu’où il pourrait, à lui seul, bloquer la machine.
Pourquoi l’ADN finit par compter
Le mécanisme en question, ce sont les mutations somatiques. Elles ne sont pas héritées. Elles apparaissent au fil de la vie, quand les cellules se divisent ou subissent des dégâts, et cela commence dès la conception. La plupart sont sans conséquence. Mais à force de s’accumuler, certaines combinaisons peuvent dérégler le fonctionnement cellulaire, voire favoriser un cancer.
Nos organes ne sont pas égaux face à ce problème. Le foie et les poumons savent très bien renouveler leurs cellules. Le cœur et le cerveau, beaucoup moins. C’est là que les auteurs situent la vraie fragilité, un stock de dommages qui grimpe pendant des décennies, jusqu’au moment où ces organes essentiels ne tiennent plus.
Ce que l’étude n’attrape pas encore
Les chercheurs eux-mêmes le reconnaissent, leur modèle ne prend pas en compte la façon dont les organes interagissent entre eux. Ce point compte beaucoup. Le vieillissement n’est pas une suite de pièces isolées qu’on pourrait additionner tranquillement.
Leur texte avance plutôt une base de travail. L’équipe estime qu’en intégrant d’autres grands facteurs du vieillissement, on pourrait progresser vers une théorie plus complète. Ambitieux, oui, mais pas absurde.
Des chercheurs intéressés, mais prudents
Du côté de l’Université de Birmingham, Joao Pedro de Magalhaes, professeur de biogérontologie moléculaire, juge la modélisation intéressante tout en rappelant qu’elle repose sur plusieurs hypothèses spéculatives. Pour lui, fixer une limite supérieure de la vie humaine à partir des seules mutations somatiques reste très incertain, puisqu’on ne regarde qu’un candidat parmi d’autres.
Son propre travail ouvre une autre piste. Il résume l’idée ainsi, « en d’autres termes, le vieillissement est un problème d’information plutôt qu’un simple phénomène d’usure ». Selon cette hypothèse, la reprogrammation des cellules pourrait mener bien au-delà de 200 ans, jusqu’à 20 000 ans. Là aussi, on reste dans le théorique.
Ce qui change pour vous ? Surtout une chose. Cette étude ne fixe pas une date de péremption humaine. Elle montre plutôt à quel point la science du vieillissement avance par morceaux, et combien il reste à comprendre avant de parler sérieusement de longévité extrême.