Une équipe de Northeastern University et de Harvard Medical School a conçu une méthode pour repérer des médicaments à tester contre le vieillissement.
En bref
- 6 442 médicaments ont été passés au crible
- L’oxymétazoline apparaît comme candidate à tester
- Aucune preuve de vie plus longue chez l’humain
Un tri massif dans des milliers de molécules
Il y a 6 442 médicaments dans la base pharmaceutique examinée par l’équipe. Le vrai sujet est là. Quand on cherche des pistes contre le vieillissement biologique, le plus compliqué n’est pas seulement de trouver une idée, c’est de savoir quoi tester sans partir dans toutes les directions.
Des chercheurs de Northeastern University et de Harvard Medical School ont donc construit un cadre pour repérer, parmi des traitements déjà disponibles en pharmacie, ceux qui méritent des essais plus poussés. L’intérêt est concret, recycler un médicament déjà autorisé peut coûter moins cher et aller plus vite que développer une molécule entièrement neuve.
Les gènes du vieillissement ne sont pas dispersés au hasard
Leur point de départ, ce sont 1 250 gènes déjà associés à une ou plusieurs grandes marques du vieillissement, ces changements qui s’accumulent avec le temps dans l’organisme.
Ensuite, ces gènes ont été placés sur l’interactome humain, une carte des protéines produites par les gènes et de leurs interactions. Cette base en compte plus d’un demi-million. Résultat, les gènes liés au vieillissement ne sont pas éparpillés partout. Ils se regroupent dans des zones précises, autour de plusieurs caractéristiques du vieillissement.
Bnaya Gross, de Northeastern University, explique que si ces gènes étaient répartis au hasard, un médicament ne pourrait pas les toucher de façon ciblée. Selon lui, la découverte est justement qu’ils occupent des quartiers très spécifiques, ce qui permet de chercher des médicaments agissant sur ces zones.
L’oxymétazoline sort du lot, mais sans promesse miracle
Parmi les candidats remontés par cette méthode, il y a l’oxymétazoline. Ce nom ne dit pas grand-chose à beaucoup de patients, pourtant la molécule existe déjà en spray nasal contre la congestion, notamment sous les marques Afrin ou Sinex, en gouttes contre les yeux rouges, et en crème contre les rougeurs du visage liées à la rosacée.
Elle n’était pas jusque-là associée aux recherches sur la longévité. L’équipe l’a reliée à une amélioration de la communication entre cellules, une fonction qui se dégrade naturellement avec l’âge. L’aspirine, déjà étudiée pour de possibles effets anti-âge, apparaît aussi parmi les pistes.
Pourquoi cette feuille de route compte vraiment
Mais il faut rester carré sur ce que montre l’étude. Albert-László Barabási le dit lui-même : « Cette étude n’apporte pas de remède au vieillissement » et ne prouve pas qu’un médicament précis prolonge la vie humaine.
En revanche, publiée dans Nature Aging, elle propose une feuille de route pour des interventions testables d’abord dans les cellules, puis chez l’animal, et ensuite chez l’humain. Comme le vieillissement et les maladies liées à l’âge ont plusieurs causes, on peut s’attendre à ce que les futurs traitements doivent agir sur plusieurs mécanismes à la fois. Pour vous, cela ne change rien demain matin à la pharmacie. Mais pour la recherche, le gain est net, mieux choisir les candidats avant de lancer des essais lourds.