Selon des médecins, un terme unique pourrait mettre en danger les femmes victimes de crise cardiaque

Image d'illustration. Un coup de froid ?ADN
Des médecins alertent sur le fait qu’un terme spécifique utilisé lors des crises cardiaques pourrait nuire à la prise en charge des femmes, augmentant ainsi les risques pour leur santé en cas d’urgence cardiovasculaire.
Tl;dr
- Femmes sous-diagnostiquées lors de crises cardiaques.
- Symptômes « atypiques » causent des erreurs médicales.
- Écarts de prise en charge augmentent la mortalité féminine.
Un diagnostic biaisé aux conséquences dramatiques
Dans les services d’urgence, les femmes qui présentent des signes de crise cardiaque voient encore trop souvent leurs symptômes minimisés, voire attribués à l’anxiété. Le témoignage poignant de Barbara Collura, ambassadrice de la Family Heart Foundation, illustre cette réalité : malgré une douleur irradiant dans le bras gauche et un essoufflement inquiétant, ses examens initiaux ne révèlent rien d’anormal. Renvoyée chez elle, elle subit pourtant une crise cardiaque dans la nuit suivante. Ce scénario, hélas, reste partagé par des milliers d’autres femmes à travers le monde.
Le poids des mots : l’illusion du « symptôme atypique »
À l’origine de cette inégalité, une notion sémantique persistante : le terme « atypique ». Depuis des décennies, la médecine considère les symptômes féminins comme marginaux car ils diffèrent légèrement du tableau masculin classique. Pourtant, plus de 90 % des patients — femmes comme hommes — rapportent une douleur thoracique lors d’un infarctus. La différence ? Les femmes mentionnent aussi fréquemment des signes tels que la nausée, l’essoufflement ou une douleur diffuse entre les omoplates. Cataloguer ces signaux comme « atypiques » a pour conséquence directe leur sous-évaluation par les soignants.
Ce phénomène porte même un nom : le syndrome de Yentl, défini dès 1991 par la cardiologue Bernadine Healy. Ce terme rappelle que l’accès à un traitement équitable exige encore trop souvent que les femmes présentent les mêmes symptômes que les hommes pour être prises au sérieux.
L’héritage d’une médecine pensée au masculin
Malgré l’évolution progressive des recommandations, la plupart des études ayant servi à établir les lignes directrices actuelles — par exemple celles autour de l’aspirine — recrutaient majoritairement des hommes. De fait, certains facteurs spécifiques aux femmes (ménopause, troubles hormonaux ou complications liées à la grossesse) demeurent mal intégrés dans l’évaluation du risque cardiovasculaire.
Le constat est sans appel dans les pays avancés tels que l’Australie : jusqu’à 20 % des décès féminins liés à un infarctus pourraient être évités si la prise en charge devenait véritablement égalitaire. Aux États-Unis, une femme de moins de 55 ans a sept fois plus de risques qu’un homme d’être renvoyée chez elle sans bilan cardiaque adéquat.
Sensibiliser et écouter pour sauver des vies
La difficulté tient aussi au fait que beaucoup associent encore l’infarctus à une douleur « écrasante », alors qu’elle peut s’avérer plus insidieuse chez la femme — pression sourde, fatigue ou malaise diffus. Comme le souligne le Pr Michelle O’Donaghue, ignorer ces signes moins spectaculaires retarde gravement le diagnostic. Pour améliorer la situation, plusieurs spécialistes appellent à :
- Mieux former le personnel médical aux manifestations féminines.
- Adapter les protocoles aux spécificités biologiques.
- Sensibiliser le grand public sur toute alerte inhabituelle persistante.
Reste un message fondamental : face à tout symptôme suspect — gêne thoracique inexpliquée ou essoufflement persistant—il vaut mieux consulter sans attendre et ne jamais hésiter à solliciter une assistance médicale d’urgence.
