Alzheimer : deux anticancéreux relancent l’espoir, chez la souris

Image d'illustration. Rayon PharmacieADN
Deux médicaments déjà utilisés contre le cancer ont réduit des lésions liées à Alzheimer chez la souris. Un signal intéressant, mais encore très loin d’un traitement.
En bref
- Deux anticancéreux testés contre Alzheimer chez la souris
- Moins de tau, mémoire et apprentissage améliorés
- Résultats prometteurs, pas encore validés chez l’humain
Des médicaments déjà sur le marché, c’est souvent ce qui attire le plus l’attention. Ici, deux traitements du cancer, le létrozole et l’irinotécan, ont montré chez la souris des effets capables d’inverser une partie des dégâts cérébraux associés à la maladie d’Alzheimer. Et ce détail compte, parce qu’ils sont déjà autorisés aux États-Unis.
Des pistes connues, donc un gain de temps potentiel
Le létrozole est utilisé surtout contre le cancer du sein. L’irinotécan, lui, sert notamment dans certains cancers du côlon et du poumon. Comme ces molécules ont déjà passé l’étape réglementaire américaine, d’éventuels essais cliniques dans Alzheimer pourraient, en théorie, démarrer plus vite que pour une molécule entièrement nouvelle.
Ce n’est pas un détail technique. Dans une maladie qui touche plus de 55 millions de personnes dans le monde, et dont la fréquence devrait plus que doubler dans les 25 prochaines années, chaque année gagnée dans le développement d’un traitement pèse lourd.
Comment les chercheurs sont tombés sur ce duo
L’équipe américaine a d’abord regardé comment Alzheimer modifiait l’expression des gènes dans le cerveau. Ensuite, les chercheurs ont fouillé la base de données Connectivity Map pour repérer les médicaments capables d’inverser ces modifications.
Ils ont aussi croisé cette piste avec des dossiers de patients ayant reçu ces traitements contre un cancer. Dans ces données cliniques, ces médicaments semblaient associés à un risque plus faible de développer Alzheimer. Important, quand même, ce n’est pas une preuve de causalité. C’est un signal, pas une démonstration.
Marina Sirota, de UC San Francisco, explique que leurs outils informatiques ont permis d’attaquer de front la complexité biologique de la maladie et ont conduit vers une combinaison potentielle de médicaments déjà approuvés par la FDA.
Ce que montrent les tests chez la souris
Une fois le duo choisi, les chercheurs l’ont testé sur des modèles murins d’Alzheimer. Résultat, les amas toxiques de protéine tau, très liés à la maladie, ont nettement diminué.
Les souris ont aussi fait mieux dans des tests d’apprentissage et de mémoire, deux fonctions souvent atteintes par Alzheimer. Le point intéressant, c’est que les deux molécules n’agissaient pas au même endroit. Le létrozole semblait surtout agir sur les neurones. L’irinotécan, lui, sur les cellules gliales.
Pour Yadong Huang, de UC San Francisco et des Gladstone Institutes, cette approche colle mieux à une maladie provoquée par de multiples perturbations biologiques, là où le développement classique vise souvent une seule cible.
Pourquoi il faut rester prudent
Bon, on en est encore au stade animal. Aucun effet direct n’a été démontré chez des patients atteints d’Alzheimer. Et ces médicaments ont des effets secondaires, ce qui change forcément l’équation si on veut les réutiliser pour une autre maladie.
L’étape logique, désormais, ce sont des essais cliniques chez l’humain. Les auteurs, publiés dans Cell, estiment que cette stratégie pourrait ouvrir la voie à des traitements plus personnalisés, en fonction des modifications d’expression génique observées dans chaque cas. Pour vous, ce que ça change est simple : la piste est sérieuse, mais elle n’est pas prête pour la pratique.
