Une étude chez des jumeaux puis un essai lancé aux Pays-Bas relancent une piste simple, des fibres prébiotiques bon marché pour le cerveau vieillissant.
En bref
- Des fibres prébiotiques améliorent des tests de mémoire
- Un essai plus large suit des seniors jusqu’en 2027
- Le microbiote pourrait jouer un rôle clé
Trois mois seulement. C’est le délai dans lequel une étude publiée en 2024 dans Nature Communications a observé de meilleurs scores à des tests de mémoire chez des personnes de plus de 60 ans prenant chaque jour des prébiotiques avec une poudre de protéines.
L’équipe de King’s College London a recruté 36 paires de jumeaux, tous âgés d’au moins 60 ans. Dans chaque paire, l’un recevait un placebo, l’autre un prébiotique mélangé à une poudre protéinée. Les deux fibres testées étaient l’inuline et les fructo-oligosaccharides, ou FOS, un glucide végétal souvent utilisé comme édulcorant peu calorique. Résultat, les jumeaux ayant pris l’inuline ou les FOS obtenaient en général de meilleurs résultats cognitifs douze semaines plus tard.
Douze semaines, et déjà un signal sur la mémoire
Ce travail a vite compté dans le débat scientifique, avec près d’une centaine de citations depuis sa publication. Et ce n’est pas anodin, car les études sur jumeaux permettent de mieux séparer ce qui relève de la génétique et ce qui vient de l’environnement. Pour un sujet aussi délicat que le vieillissement cognitif, c’est précieux.
Mary Ni Lochlainn, chercheuse en médecine gériatrique à King’s College London, disait alors être encouragée de voir ces changements en seulement 12 semaines. Selon elle, cela ouvre une piste prometteuse pour la santé du cerveau et la mémoire dans une population qui vieillit.
Pourquoi l’intestin attire autant l’attention
L’autre résultat, plus discret mais central, concerne le microbiote intestinal. Les chercheurs ont observé des différences subtiles entre jumeaux, avec davantage de Bifidobacterium chez ceux qui prenaient l’inuline ou les FOS.
Des travaux chez la souris suggèrent que cette bactérie pourrait réduire certains déficits cognitifs en agissant sur les liens entre intestin et cerveau. Mais on reste ici sur une association, pas sur une preuve finale de causalité chez l’humain. L’idée d’un intestin vu comme un « deuxième cerveau » circule de plus en plus, même si le fonctionnement précis de cet axe intestin-cerveau garde une part de mystère.
Un essai plus ambitieux est en cours jusqu’en 2027
C’est justement pour aller plus loin que l’université de Wageningen, aux Pays-Bas, a lancé fin 2024 l’essai clinique PRECODE. Il compare trois fibres alimentaires, l’inuline de chicorée, la dextrine résistante et un polysaccharide d’algue, à un placebo, la maltodextrine.
Pendant 26 semaines, des participants de plus de 60 ans avec suspicion de déclin cognitif prennent ces fibres deux fois par jour, dans de l’eau, du thé ou du café. Des examens cérébraux réguliers et des tests cognitifs suivent leur évolution. Les résultats complets sont attendus en 2027.
Ce que cela change, et ce qu’on ne sait pas encore
Claire Steves, gériatre à King’s College London, soulignait en 2024 que ces fibres végétales sont peu coûteuses, disponibles sans ordonnance, sûres et faciles à accepter. En période de budgets serrés, l’argument compte quand même.
Mais vous n’avez pas ici une recette miracle. Les chercheurs veulent vérifier si l’effet tient dans la durée et dans des groupes plus larges. En 2025, d’autres travaux ont aussi relié, chez l’humain comme chez la souris, un ratio plus faible entre Bifidobacterium et Akkermansia à la sclérose en plaques et à des formes plus sévères. Reste une question simple, et importante, ces déséquilibres peuvent-ils vraiment être corrigés par des compléments ? Pour l’instant, on ne le sait pas.