Pourquoi le « tusi » inquiète plus que son surnom trompeur

Poudre drogue
Image d'illustration. Poudre drogue — ADN

Souvent appelé à tort « cocaïne rose », le tusi n’a pas de composition stable. C’est justement ce flou qui rend ses effets et ses risques difficiles à anticiper.

En bref

  • Le tusi n’a pas de composition fixe
  • Il peut ne contenir aucune cocaïne
  • Les mélanges rendent l’intoxication imprévisible

Le tusi pose un problème très simple, et franchement préoccupant. On peut en consommer sans savoir réellement ce qu’il contient. Derrière ce produit rose vendu sous le nom de « cocaïne rose », il n’y a pas de formule stable, et parfois pas de cocaïne du tout.

Le vrai danger, c’est de ne pas savoir ce qu’il y a dedans

Selon Ernesto Tarragón, psychologue, directeur académique et chercheur en neurosciences des conduites addictives à l’Université internationale de La Rioja, le tusi est trompeur. Il explique que cette poudre est surtout composée de kétamine et de MDMA, même si certaines analyses ont aussi retrouvé de la caféine et de faibles traces de cocaïne. Son constat est net : « Le tusi est trompeur parce que ce n’est pas de la cocaïne ».

Le nom, comme la couleur, ne donne donc aucune information fiable sur ce qui est réellement pris. Et c’est là que le risque grimpe.

Une consommation encore limitée, mais surveillée

Les chiffres officiels invitent quand même à garder la tête froide. Dans son rapport 2025 sur l’alcool et les autres drogues, le ministère de la Santé espagnol estime à 0,7 % la part des 18-65 ans disant avoir déjà essayé cette « cocaïne rose ». Ce n’est pas massif.

Sur un autre plan, les données 2023 sur les urgences liées aux drogues montrent surtout la présence de l’alcool, de la cocaïne, du cannabis et des hypnotiques-sédatifs. Pour Ernesto Tarragón, la hausse observée autour du tusi mérite donc de l’attention, mais pas une alarme disproportionnée.

Pourquoi ces mélanges circulent davantage

Le polyc onsommation n’a rien de nouveau. Ce qui change, c’est que certaines substances arrivent désormais déjà mélangées. Plusieurs facteurs peuvent jouer, explique le chercheur : le prix, d’abord, parce que certains produits sont moins chers à obtenir, mais aussi la régulation et les zones grises juridiques qui compliquent leur contrôle.

Il ajoute un facteur plus humain. La recherche de sensations nouvelles, surtout à l’adolescence, est fortement liée à l’entrée dans les usages de substances. Et certains contextes festifs finissent par devenir, à eux seuls, des déclencheurs d’envie. Sur les réseaux sociaux, en revanche, il dit qu’on manque encore de données solides pour établir un lien clair.

Des interactions difficiles à prévoir, surtout avec l’alcool

Un autre piège consiste à consommer ces produits pour compenser les effets d’une autre drogue. L’idée n’est pas nouvelle, on la voit aussi avec l’alcool et les boissons énergétiques. Mais avec le tusi, l’ignorance sur la composition aggrave tout. Si quelqu’un pense corriger l’effet sédatif de l’alcool avec une substance supposée stimulante, Ernesto Tarragón prévient que « la surprise peut être désagréable ».

Et parfois bien plus que ça. Les interactions peuvent masquer certains effets toxiques ou, au contraire, les renforcer. Le chercheur juge particulièrement préoccupantes les associations avec des dépresseurs du système nerveux central comme l’alcool, les benzodiazépines ou le GHB.

Ce que l’on sait, et ce que l’on ne sait pas, sur l’usage répété

Il n’existe pas aujourd’hui de littérature scientifique décrivant une addiction au tusi comme telle. Mais cela ne veut pas dire absence de risque. Un usage répété de substances à potentiel d’abus peut entraîner des neuroadaptations à long terme, avec des conséquences comportementales, affectives ou sociales.

Les signaux d’alerte sont connus. Quand l’absence du produit provoque un mal-être, ou quand il sert surtout à calmer l’anxiété plutôt qu’à rechercher un effet plaisant, le rapport à la substance a peut-être changé. Concrètement, ce qui rend le tusi si problématique, c’est ce flou permanent sur chaque dose prise.

Germain Montor

Spécialiste Santé

Rédacteur web spécialisé dans l’univers de la santé et du bien-être

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