Les États-Unis pourraient perdre dès 2026 leur statut d’élimination de la rougeole. En cause, une baisse très localisée de la vaccination ROR.
En bref
- La rougeole repart surtout par transmission locale
- Le seuil clé reste 95 % de vaccination
- Le statut d’élimination est menacé dès 2026
Quand une communauté passe sous les 95 % de couverture vaccinale, la moyenne d’un État ne protège plus grand-chose. C’est là que se joue aujourd’hui l’avenir de la rougeole aux États-Unis.
Le vrai seuil se joue quartier par quartier
Les données suivies par l’équipe de la Johns Hopkins University Bloomberg School of Public Health montrent un point assez net, la majorité des 2 295 cas signalés cette année ont été contractés localement, dans l’État même où ils ont été déclarés. Peu viennent d’un autre État ou de l’étranger.
Pour Lauren Gardner, data scientist au sein de cette équipe, c’est le cœur du problème. Des États peuvent sembler au-dessus du seuil, mais cacher des comtés et des communautés très en dessous. Et c’est là que les flambées démarrent. Elle rappelle aussi que les personnes non vaccinées attrapent la maladie à des taux bien plus élevés que les vaccinés.
Un succès de santé publique qui s’effrite
Le statut d’élimination ne veut pas dire que le virus a disparu du pays. Il signifie qu’il n’y a plus de transmission endémique, donc une circulation locale continue, pendant plus de 12 mois dans une zone donnée, avec une surveillance fiable.
Les États-Unis avaient obtenu ce statut en 2000, après des décennies de travail de santé publique. Jessica Steier, fondatrice de Unbiased Science, rappelle que c’était une grande victoire. Le statut a été recertifié en 2011, puis plus réexaminé depuis. Bon, des cas importés restent possibles, la rougeole étant toujours à un vol d’avion près. Mais l’idée était de les étouffer vite. C’est précisément ce qui paraît moins solide aujourd’hui.
Pourquoi les États-Unis risquent de perdre ce statut
Depuis cinq ans, la couverture du vaccin ROR, rougeole, oreillons, rubéole, recule chez les enfants d’âge scolaire. Ce recul n’est pas uniforme. Il se concentre dans des centaines de comtés et de communautés sous le seuil d’immunité collective.
À cela s’ajoutent, selon Jessica Steier, l’extension des exemptions dans plusieurs États, la circulation de la désinformation sur les réseaux sociaux et dans certaines communautés, ainsi que la perte d’effectifs et de financements dans les agences de santé publique. Résultat ? Une détection moins rapide, une riposte moins agile.
Dans un article publié par The Lancet, une équipe de Boston Children’s Hospital et de Harvard Medical School juge même très probable que les États-Unis perdent en 2026 leur statut d’élimination, vu le contexte épidémiologique actuel.
Ce qui doit changer pour inverser la tendance
La marche à suivre est connue, même si elle ne se règle pas en quelques mois. Il faut remonter la vaccination au-dessus de 95 % au niveau des communautés, pas seulement des États ni du pays dans son ensemble.
Lauren Gardner insiste aussi sur un point moins visible, le financement de la santé publique. Maintenir l’élimination suppose de garder des moyens pendant les années calmes, pas seulement quand l’épidémie repart. La Pan American Health Organization, bureau régional de l’Organisation mondiale de la santé pour les Amériques, doit réexaminer ce statut en novembre. Pour les familles, ce débat très technique change une chose simple, la capacité du système à empêcher qu’un cas isolé devienne un foyer local.