Une analyse sur près de 5.000 hommes américains relance le débat. La graisse viscérale pèserait davantage que l’âge sur la baisse de testostérone.
En bref
- La graisse viscérale pèse lourd sur la testostérone
- L’âge seul explique moins qu’on le pense
- IMC et tour de taille ont leurs limites
Deux hommes de 45 ans peuvent afficher des niveaux de testostérone assez différents. Ce que pointe une nouvelle analyse, c’est que l’écart ne tient pas seulement à l’âge, mais aussi, et peut-être surtout, à la graisse viscérale, celle qui s’accumule en profondeur dans l’abdomen.
Deux hommes du même âge, pas le même risque
Publiée dans le Journal of the Endocrine Society, l’analyse a passé en revue les données de santé de près de 5.000 hommes américains âgés de 20 à 59 ans. Résultat, la présence de graisse viscérale est fortement associée à une baisse de la testostérone. Une fois la répartition des graisses prise en compte, l’âge ne garde qu’un lien modeste avec les concentrations hormonales sur cette tranche d’âge.
Les auteurs, Karl Friedl et Adam Potter, du US Army Research Institute of Environmental Medicine, estiment ainsi que la graisse abdominale profonde pourrait être le principal corrélat de l’adiposité lié à une testostérone basse chez les hommes américains.
Pourquoi l’abdomen profond intéresse autant les chercheurs
Cette graisse viscérale n’est pas la graisse sous-cutanée que l’on pince facilement. Elle entoure des organes comme le foie, l’estomac ou les intestins. Et elle porte de nombreux récepteurs à la testostérone, ce qui la rend particulièrement sensible à cette hormone.
Le mécanisme précis n’est pas tranché. Mais les chercheurs avancent plusieurs pistes. Cette graisse profonde peut favoriser la résistance à l’insuline, ce qui pourrait perturber, en aval, la façon dont certaines cellules des testicules transforment le cholestérol en testostérone. Elle peut aussi activer des voies inflammatoires et dérégler les signaux hormonaux, avec davantage de conversion de la testostérone en estradiol.
L’IMC ne raconte pas toute l’histoire
On utilise encore beaucoup l’IMC et le tour de taille pour évaluer l’excès de poids. C’est pratique, mais incomplet. Des hommes ayant des valeurs proches sur ces indicateurs peuvent présenter des niveaux de testostérone très différents.
Et c’est là que l’étude est utile. Un homme jeune avec un IMC jugé normal peut malgré tout avoir une proportion élevée de graisse viscérale, potentiellement liée à une testostérone plus basse. À l’inverse, un homme plus âgé et musclé, avec peu de graisse viscérale, pourrait sembler plus à risque si l’on regarde surtout son âge ou son score d’IMC.
Ce que cela change avant un traitement
Ce travail ne sort pas de nulle part. Une étude de 2007 sur 1.667 hommes associait déjà un gain de 4 à 5 points d’IMC à une baisse de testostérone comparable à environ dix ans de vieillissement. En 2013, le suivi de 1.382 hommes pendant cinq ans suggérait aussi que la baisse liée à l’âge n’avait rien d’inévitable et qu’elle s’expliquait plutôt par le tabagisme, l’état de santé, l’obésité et la dépression.
Bon, cela ne veut pas dire que l’âge ne compte plus. Mais avant d’envisager une thérapie à la testostérone, les auteurs jugent utile de regarder les facteurs métaboliques réversibles, en particulier la distribution de la graisse. Ils citent aussi des traitements qui réduisent la graisse viscérale, comme Ozempic ou Wegovy, comme pistes pouvant agir plus directement sur le problème que la substitution hormonale seule.