Une étude révèle des liens génétiques entre la misophonie, l’anxiété et la dépression

Image d'illustration. Solitude depressionADN
Une récente étude révèle que la misophonie, trouble caractérisé par une forte réaction émotionnelle à certains sons, partage des liens génétiques avec l’anxiété et la dépression, suggérant une origine commune pour ces troubles.
Tl;dr
- La misophonie partage des gènes avec l’anxiété et la dépression.
- 18,4 % des Britanniques concernés, selon une enquête de 2023.
- Des différences nettes observées avec l’autisme et la population générale.
Une hypersensibilité sonore méconnue mais répandue
Derrière les grimaces suscitées par le bruit d’ongles sur un tableau noir se cache un trouble encore trop peu reconnu : la misophonie. Cette réaction disproportionnée à certains sons du quotidien – tels que le souffle, la mastication ou même la déglutition – affecte bien plus de personnes qu’on ne l’imaginait. Selon une récente étude menée au Royaume-Uni, près de 18,4 % de la population adulte se sentirait concernée. Pourtant, moins de 14 % des sondés avaient déjà entendu le terme.
Lien génétique avec les troubles psychiatriques
Les avancées scientifiques jettent aujourd’hui une lumière nouvelle sur l’origine du phénomène. Une équipe menée par le psychiatre Dirk Smit, de l’Université d’Amsterdam, a scruté les données génétiques issues du Psychiatric Genomics Consortium, de la base UK Biobank et de 23andMe. Leur analyse révèle une association entre la misophonie et des prédispositions génétiques partagées avec des troubles tels que l’anxiété, la dépression, le trouble panique ou encore le TSPT (trouble de stress post-traumatique). Comme le souligne Smit dans PsyPost : « Il existe un chevauchement avec la génétique du TSPT, ce qui suggère que certains traitements pourraient être communs aux deux affections. »
Ce rapprochement n’implique cependant pas que ces maladies partagent les mêmes mécanismes. Il s’agit davantage d’un terrain génétique commun, expliquant peut-être pourquoi certaines personnalités – marquées par l’inquiétude ou la culpabilité – sont plus sujettes à la misophonie.
Mieux comprendre l’impact psychologique et social
Dans leur enquête, des chercheurs britanniques ont interrogé plus de 770 volontaires sur leurs réactions face à divers sons déclencheurs. Les réponses mettent en évidence deux différences majeures chez les personnes atteintes :
- Elles ressentent fréquemment colère ou panique devant certains bruits universellement jugés désagréables.
- Elles sont incommodées par des sons neutres comme une respiration normale, sans effet notable sur autrui.
À noter : malgré des profils sensoriels parfois similaires, les personnes présentant un trouble du spectre autistique semblent moins touchées par la misophonie selon cette étude. L’équipe de Smit avance ainsi que « la misophonie et l’autisme apparaissent relativement indépendants sur le plan génomique. » Cette distinction interroge encore sur l’existence possible de plusieurs formes du trouble.
Pistes pour la recherche et reconnaissance clinique
L’étude insiste toutefois sur ses limites : participants principalement européens, diagnostics auto-déclarés… Mais elle trace aussi des perspectives prometteuses pour mieux cerner les ressorts biologiques d’un trouble souvent banalisé mais potentiellement invalidant. La psychologue clinicienne Jane Gregory, qui a dirigé l’enquête britannique, résume ainsi : « La misophonie est bien plus qu’une simple gêne face à certains sons. » Un constat qui pourrait ouvrir la voie à une meilleure prise en charge clinique dans les années à venir.
