Une vaste étude révèle que l’autisme touche autant les filles que les garçons

Enfant avec de grandes lunettes lançant son sac à dos
Image d'illustration. Enfant avec de grandes lunettes lançant son sac à dos — ADN

Une vaste étude récente remet en question l’idée reçue selon laquelle l’autisme toucherait davantage les garçons, suggérant que la prévalence du trouble serait similaire chez les filles et les garçons, d’après l’analyse de données à grande échelle.

  • Diagnostic égal homme-femme à l’âge adulte en Suède
  • Femmes souvent diagnostiquées plus tard que les hommes
  • Biais systémique dans les critères de diagnostic actuels

Des chiffres qui bousculent une idée reçue

Une large étude suédoise menée par l’équipe de la chercheuse Caroline Fyfe (Karolinska Institute) remet en question un cliché tenace : celui d’un trouble du spectre autistique (TSA) touchant principalement les hommes. À partir des dossiers médicaux de plus de 2,7 millions de personnes nées entre 1985 et 2020, le constat est frappant : si, durant l’enfance, les garçons reçoivent un diagnostic beaucoup plus fréquemment, l’écart se réduit progressivement. Dès la vingtaine, il s’estompe jusqu’à atteindre un rapport quasi égal entre sexes.

Des diagnostics tardifs pour les femmes

Ce constat interpelle. Pourquoi tant de femmes attendent-elles l’âge adulte pour être enfin reconnues comme autistes ? Selon plusieurs spécialistes et patientes citées dans l’étude parue dans le BMJ, ce retard n’aurait rien d’anodin. Il refléterait une forme de biais systémique profondément ancré dans les outils de dépistage eux-mêmes. En effet, le manuel international DSM-5, référence pour définir et traiter le TSA, évoque un ratio de quatre diagnostics masculins pour chaque cas féminin. Or, nombre d’experts et d’associations avancent désormais que ces critères ne sont pas adaptés aux spécificités féminines du trouble.

L’influence des stéréotypes sur le diagnostic

Le diagnostic repose largement sur le regard d’autrui : parents, enseignants ou professionnels de santé jugent si un comportement « colle » à la description clinique du DSM-5. Or, comme le note l’éditorialiste et militante Anne Cary, deux facteurs risquent de fausser cette évaluation :

La recherche suggère que ce sont moins les différences d’incidence que des défauts d’identification qui expliqueraient la persistance du ratio déséquilibré.

D’autres zones d’ombre à explorer

Malgré sa solidité statistique, l’étude conserve certaines limites : tout le panel était suédois – difficile donc de généraliser au reste du monde –, et des facteurs comme la comorbidité avec le TDAH ou des troubles anxieux n’ont pas été pris en compte. De plus, un manque de données pour les soins ambulatoires avant 2001 pourrait sous-estimer l’écart réel d’âge au diagnostic entre hommes et femmes.

Face à ces constats troublants, la communauté scientifique plaide aujourd’hui pour une remise à plat des outils d’évaluation du TSA afin qu’aucun patient ne soit laissé sur le bord du chemin… quelle que soit sa naissance.