Un composé du cannabis pourrait offrir une protection contre une infection fongique mortelle

Image d'illustration. Gros plan de plants de cannabis à visée thérapeutiqueADN
Des chercheurs s’intéressent au potentiel d’un composé du cannabis pour lutter contre une infection fongique dangereuse pour l’homme. Cette découverte ouvre la voie à de nouvelles approches thérapeutiques face à des maladies souvent résistantes aux traitements actuels.
Tl;dr
- Le cannabis élimine un champignon pathogène dangereux en laboratoire.
- Le cannabidiol surpasse les traitements antifongiques existants.
- Des essais sur larves renforcent l’efficacité du CBD topique.
Une plante aux propriétés inattendues
La lutte contre les maladies fongiques connaît peut-être un nouveau tournant, grâce à une découverte étonnante autour du cannabis. Des chercheurs australiens, dont Hue Dinh de l’Université Macquarie, se sont penchés sur la capacité de cette plante à neutraliser des agents pathogènes particulièrement redoutables. Parmi eux, le Cryptococcus neoformans, un champignon responsable de graves affections comme la cryptococcose ou la méningite cryptococcique, s’est révélé étonnamment vulnérable face à certains composés issus du Cannabis sativa.
Cannabidiol : efficacité inédite contre les champignons
En laboratoire, deux molécules ont été isolées et testées : le cannabidiol (CBD), non psychoactif, et le cannabidivarine (CBDV), qui présente des effets psychotropes. Résultat ? Ces deux substances sont parvenues à éliminer efficacement le champignon testé – plus rapidement encore que les traitements antifongiques conventionnels. Mieux, leur action ne s’arrête pas là puisqu’elles se montrent tout aussi redoutables contre d’autres infections cutanées courantes telles que l’eczéma marginé ou le « pied d’athlète ». Selon l’analyse protéomique menée par l’équipe, cet effet serait lié à une déstabilisation de la membrane cellulaire du champignon et à une perturbation de plusieurs voies métaboliques essentielles.
Un modèle animal pour valider les résultats
Il reste toutefois une question essentielle : ces performances observées en éprouvette peuvent-elles être reproduites dans des organismes vivants ? Pour avancer sur ce point, les scientifiques ont opté pour un modèle bien particulier : la larve de la grande fausse teigne (Galleria mellonella). Son système immunitaire proche de celui des mammifères en fait un outil précieux pour évaluer rapidement et à moindre coût l’efficacité de nouveaux traitements antifongiques.
Les essais menés ont consisté à infecter différents groupes de larves avec le C. neoformans, puis à comparer :
- L’application locale de CBD dissous dans du sulfure de diméthyle ;
- L’utilisation du seul solvant comme témoin ;
- L’administration d’Amphotéricine B, médicament courant chez l’humain.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : la survie des larves traitées au CBD a dépassé celle des autres groupes, approchant même celle du groupe sain non infecté.
Nouvelles perspectives thérapeutiques ?
Ces résultats encourageants ouvrent la voie à de nouvelles approches contre les infections fongiques cutanées. L’application topique de CBD pourrait ainsi compléter, voire supplanter certains traitements existants. «Si cela fonctionne aussi bien sur les infections courantes, il suffirait alors d’appliquer une huile au CBD directement sur la peau», glisse prudemment Dinh. Toutefois, des études complémentaires restent nécessaires avant toute utilisation généralisée chez l’humain pour traiter des formes plus graves atteignant poumons ou cerveau.
Ce pas en avant scientifique souligne enfin l’intérêt croissant pour les substances naturelles déjà connues, mais dont le potentiel médical reste encore largement inexploré.
