Après des années d’énigme, la cause des douleurs liées aux statines enfin élucidée

Image d'illustration. Rayon PharmacieADN
Après des années d’incertitude, la cause derrière l’un des effets indésirables les plus courants associés aux statines, ces médicaments largement prescrits pour réduire le cholestérol, a enfin été élucidée par les chercheurs.
Tl;dr
- Statines causent parfois des douleurs musculaires inexpliquées.
- Un afflux de calcium dans les muscles serait responsable.
- De nouvelles pistes thérapeutiques émergent pour limiter ces effets.
Des douleurs musculaires enfin élucidées ?
Pour près de 10 % des patients sous statines, l’apparition de symptômes musculaires – douleurs, faiblesse, crampes – reste un mystère médical aussi frustrant qu’inquiétant. Face à ces effets secondaires, beaucoup choisissent d’abandonner ce traitement pourtant capital contre les maladies cardiovasculaires. Mais une équipe de chercheurs américains, issus notamment de la Columbia University et de la University of Rochester, semble aujourd’hui lever le voile sur ce phénomène longtemps resté incompris.
L’explication par le calcium : une avancée majeure
En s’appuyant sur des modèles murins, les scientifiques ont mis en évidence le rôle central d’un canal protéique baptisé RyR1 (récepteur à la ryanodine). Ce « portier » moléculaire contrôle normalement l’entrée du calcium dans les fibres musculaires, orchestrant ainsi la contraction. Or, certaines statines telles que la simvastatine altéreraient le fonctionnement du RyR1 : la porte resterait alors entrouverte, laissant fuiter le calcium et déclenchant une cascade de réactions délétères pour le muscle.
Grâce à la cryo-microscopie électronique (cryo-EM) — technique consistant à geler des échantillons puis à en examiner l’architecture moléculaire — l’équipe a pu observer comment ces médicaments interagissaient avec RyR1. Ce déséquilibre calcique expliquerait non seulement les gênes ressenties mais également, dans des cas plus graves, des complications telles que la rhabdomyolyse, où les tissus musculaires se délitent jusqu’à provoquer une insuffisance rénale.
Vers des solutions thérapeutiques ciblées
Alors que près de 40 millions d’adultes américains sont concernés par un traitement hypocholestérolémiant, cette découverte pourrait permettre d’identifier plus finement les personnes à risque d’intolérance. L’équipe menée par le cardiologue Andrew Marks, qui confie avoir vu nombre de patients refuser ces traitements en raison des effets secondaires – « C’est le motif numéro un d’abandon chez mes patients, et c’est un vrai problème » –, explore déjà deux voies prometteuses :
- D’une part, repenser la structure des statines pour éviter leur interaction avec RyR1.
- D’autre part, tester des molécules comme les Rycals capables de colmater ces fuites calciques chez les sujets intolérants.
Si tous les cas ne relèvent pas du même mécanisme, cette avancée ouvre indéniablement la voie à une meilleure personnalisation du traitement anti-cholestérol et à l’espoir de nouveaux médicaments moins invasifs. Les résultats complets sont consultables dans le Journal of Clinical Investigation.
