Un supplément courant associé à un risque inquiétant d’insuffisance cardiaque

Image d'illustration. Sante cardiaque coeurADN
Une récente étude met en lumière une association préoccupante entre la prise d’un complément alimentaire largement utilisé et une augmentation du risque d’insuffisance cardiaque, suscitant l’inquiétude parmi les professionnels de santé et les consommateurs.
Tl;dr
- Longue prise de mélatonine liée à un risque cardiaque accru.
- Effets sur la mortalité et hospitalisations observés.
- Des études complémentaires sont jugées indispensables.
Mélatonine : les doutes s’installent sur la sécurité à long terme
Depuis plusieurs années, la mélatonine séduit des millions de personnes cherchant une solution à leurs troubles du sommeil. Pourtant, la publication récente d’une vaste analyse menée par le Dr Ekenedilichukwu Nnadi et ses collègues relance le débat sur les éventuels dangers de ce complément, surtout lorsqu’il est consommé pendant plus d’un an.
Des chiffres alarmants, mais à prendre avec précaution
Les résultats présentés lors des Scientific Sessions de l’American Heart Association l’an dernier ont surpris la communauté médicale : parmi plus de 130 000 adultes suivis aux États-Unis et au Royaume-Uni, ceux ayant reçu une prescription prolongée de mélatonine présentaient un risque de défaillance cardiaque supérieur de 89 % en cinq ans. Plus frappant encore, le taux de mortalité toutes causes confondues était deux fois plus élevé dans ce groupe par rapport à ceux ne consommant pas de mélatonine. Ces chiffres ont été obtenus via l’analyse des dossiers électroniques – une méthode qui n’est toutefois pas sans failles.
Un point crucial souligné par plusieurs experts : les prescriptions ne reflètent pas toujours la réalité des usages, en particulier dans les pays comme les États-Unis où la mélatonine s’achète librement, sans ordonnance ni encadrement médical. Il se pourrait donc que certains membres du groupe « contrôle » aient en fait utilisé ce supplément sans que cela n’apparaisse dans les données.
Mélatonine : fausse impression d’innocuité ?
Le sentiment selon lequel la mélatonine serait inoffensive s’effrite progressivement. Comme le rappelle le professeur Carlos Egea, président de la Fédération espagnole des sociétés de médecine du sommeil, ces nouveaux signaux « bousculent la perception d’une thérapie chronique anodine ». La nécessité d’essais cliniques contrôlés apparaît désormais évidente pour éclaircir son profil de sécurité sur le long terme.
Dans l’attente de telles études, il faut rappeler que la substance reste globalement considérée comme sûre pour une utilisation courte (1 à 2 mois), hors grossesse et allaitement. En revanche, l’absence d’études robustes après ce délai inquiète face à sa popularité grandissante – elle figure parmi les quatre compléments naturels les plus consommés outre-Atlantique.
L’appel à la vigilance face aux risques
Si certains travaux antérieurs estimaient l’usage prolongé sans danger manifeste, ces nouvelles données invitent à plus de prudence. D’autant que même sur une période courte, des incidents tels que des surdosages non mortels chez des enfants australiens ont déjà fait débat sur sa sûreté dans certaines populations vulnérables.
Avant toute prescription ou automédication durable, il devient donc essentiel de considérer ces signaux et d’en discuter avec un professionnel qualifié :
- Risque cardiovasculaire accru
- Mortalité globale plus élevée constatée
- Données actuelles insuffisantes pour statuer définitivement
Si l’efficacité ponctuelle n’est pas remise en cause, rien ne justifie pour l’heure d’en banaliser un usage régulier au long cours.
