Un essai de phase 3 montre qu’un traitement oral contre un cancer du pancréas métastatique allonge nettement la survie. Avec, en plus, une meilleure qualité de vie.
En bref
- La survie médiane a presque doublé
- Le traitement est une pilule ciblant RAS
- Une approbation accélérée est en cours
Presque deux fois plus de survie. Pour un cancer du pancréas métastatique, c’est le genre de chiffre qu’on voit rarement, et c’est bien pour ça que cet essai attire autant l’attention.
Publié dans le New England Journal of Medicine et présenté au congrès annuel de l’American Society of Clinical Oncology, l’essai de phase 3 a comparé le daraxonrasib à une chimiothérapie chez 500 patients déjà traités pour un adénocarcinome canalaire pancréatique métastatique. 252 ont reçu une chimiothérapie, 248 cette pilule prise trois fois par jour. La survie médiane a atteint 13,2 mois avec le daraxonrasib, presque le double du bras chimiothérapie. Le traitement a aussi ralenti la progression de la maladie et mieux préservé la qualité de vie.
Un essai de phase 3 qui sort du lot
Ce n’est pas seulement une question de survie. Eileen O’Reilly, oncologue à Memorial Sloan Kettering Cancer Center et autrice principale, explique que le médicament a doublé la durée de contrôle de la croissance tumorale, presque triplé la capacité à faire diminuer la tumeur, et maintenu plus longtemps la qualité de vie par rapport au traitement habituel.
Et ça compte, quand les options sont maigres après une première ligne de chimiothérapie.
Pourquoi cette pilule agit différemment
Près de 92% des participants avaient une mutation du gène KRAS. Ce n’est pas un détail. Ces mutations sont présentes dans plus de 90% des cancers du pancréas et dans environ 20% de l’ensemble des cancers, notamment certains cancers du poumon et colorectaux.
Le daraxonrasib cible KRAS, mais aussi d’autres mutations de la famille RAS. Selon Eileen O’Reilly, il se fixe à une protéine à l’intérieur de la cellule et agit comme une « colle moléculaire » sur la forme activée de RAS. Effet recherché, couper le signal qui pousse les cellules cancéreuses à croître et à se disséminer.
Un vrai signal, avec des limites à garder en tête
Il y a quand même deux réserves. Tracy Proverbs-Singh, du John Theurer Cancer Center à Hackensack University Medical Center, rappelle que l’essai était en ouvert, donc les patients savaient quel traitement ils recevaient, et qu’il était financé par Revolution Medicines, le fabricant.
Mais le contexte pèse lourd. Le taux de survie à cinq ans du cancer du pancréas n’est que de 13%, le plus faible parmi les grands cancers, et il n’existe pas de thérapie ciblée déjà approuvée pour cette maladie. Pashtoon Kasi, de City of Hope Orange County, estime que les mots « révolutionnaire » et « change la donne » sont ici justifiés.
Ce que cela peut changer maintenant
Pour l’instant, ces résultats concernent le cancer du pancréas métastatique. Mais des essais sont déjà en cours dans des formes localisées et dans d’autres situations de la maladie. Des études évaluent aussi le daraxonrasib dans d’autres cancers alimentés par des mutations KRAS.
Côté accès, la FDA a placé le médicament sur une voie d’examen accélérée. Eileen O’Reilly dit espérer une approbation dans les prochains mois. En attendant, certains patients pourraient y accéder via les programmes d’usage compassionnel ou d’accès élargi. La FDA a d’ailleurs autorisé le 1er mai Revolution Medicines à fournir le traitement dans ce cadre. Pour les patients concernés, ce n’est pas abstrait. C’est une option de plus, et dans cette maladie, c’est déjà beaucoup.