Certains moustiques pourraient associer votre répulsif à une source de nourriture et s’en approcher

Image d'illustration. Moustique tigre en plein repas sur une peau humaineADN
Des recherches récentes montrent que certains moustiques pourraient finir par associer l’odeur de certains répulsifs à la présence de nourriture, compromettant ainsi leur efficacité. Ce phénomène soulève des questions sur les stratégies actuelles de protection contre ces insectes.
Tl;dr
- Les moustiques peuvent s’habituer à l’odeur de DEET.
- Des tests révèlent une possible attraction conditionnée au DEET.
- Le mode d’action exact du DEET reste débattu.
Un rempart indispensable contre les maladies, mais encore mystérieux
Alors que la lutte contre les maladies transmises par les moustiques, telles que le paludisme, la dengue ou le chikungunya, ne cesse de s’intensifier à l’échelle mondiale, l’usage du DEET – ou N,N-diéthyl-méta-toluamide – demeure un réflexe quasi universel. Ce répulsif synthétique, développé il y a plus de 80 ans et commercialisé massivement depuis les années 1950, est reconnu pour son efficacité remarquable : il offre environ cinq heures de protection pour un coût modique. Pourtant, en dépit de cette longue histoire d’utilisation, des zones d’ombre persistent quant à son véritable mécanisme d’action.
L’étrange plasticité comportementale des moustiques face au DEET
Des recherches pionnières ont déjà révélé que le DEET « perturbe » les moustiques plus qu’il ne les repousse simplement. Par exemple, des travaux menés en 2008 ont montré que ce produit brouille la perception olfactive des insectes vis-à-vis de leurs hôtes potentiels. D’autres études ultérieures ont mis en lumière une réalité inattendue : une minorité de moustiques semble naturellement insensible au DEET, une caractéristique qui peut se transmettre génétiquement. Par ailleurs, une exposition répétée pourrait diminuer leur sensibilité à ce composé pendant plusieurs heures. Ainsi, les réactions aux répulsifs oscilleraient entre réponses physiologiques et adaptations comportementales.
Une étude française révèle une vulnérabilité possible
Récemment, une équipe menée par Claudio Lazzari (Université de Tours) a publié dans le Journal of Experimental Biology une étude surprenante : il serait possible d’« apprendre » aux moustiques à tolérer, voire à rechercher le DEET sous certaines conditions. Grâce à un protocole ingénieux associant exposition au DEET lors du repas sanguin et récompense alimentaire, ces chercheurs ont observé que :
- Lorsque des moustiques recevaient du DEET pendant qu’ils se nourrissaient de sang, ils manifestaient ensuite une propension accrue à attaquer des cibles imprégnées du même produit.
En revanche, si l’exposition avait lieu avant l’accès au sang, aucun effet n’était constaté sur leur appétit.
Quelles conséquences pour la prévention ?
Loin de remettre en cause l’utilité du DEET – qui reste aujourd’hui notre meilleure arme contre la prolifération croissante des maladies vectorielles –, ces travaux invitent néanmoins à reconsidérer notre compréhension du mode d’action du répulsif. Les auteurs posent ainsi la question : dans des conditions réelles où la concentration de DEET serait faible ou mal appliquée, certains moustiques pourraient-ils apprendre à associer cette odeur à un repas potentiel ?
Pour l’heure, prudence : ces expériences ont été menées en laboratoire dans un environnement très contrôlé. Reste à déterminer si ce phénomène pourrait s’observer dans la vie courante et impacter significativement la transmission des pathogènes.
Ce nouvel éclairage scientifique ouvre donc la voie à une amélioration future des répulsifs et souligne l’importance cruciale d’études complémentaires en conditions réelles.
