Au-delà de la perte de poids, des patients sous GLP-1 disent moins boire, acheter ou jouer par impulsion. Des travaux tentent de comprendre pourquoi.
En bref
- Des patients rapportent moins de pulsions sous GLP-1
- La dopamine pourrait expliquer une partie du phénomène
- Les preuves restent encore incomplètes
Les médicaments de la famille des GLP-1 ne se contenteraient pas de couper l’appétit. Chez certains patients, ils semblent aussi réduire des envies bien moins attendues, boire de l’alcool, acheter sur un coup de tête, se ronger les ongles ou jouer.
Quand la faim mentale baisse, d’autres envies reculent aussi
Ces traitements, vendus notamment sous les noms Wegovy, Mounjaro et Ozempic, contiennent du sémaglutide ou du tirzépatide. Leur rôle connu, c’est d’imiter l’hormone intestinale GLP-1 pour signaler au cerveau qu’on a assez mangé. Résultat, les fringales baissent.
Mais pas seulement. Pas mal de patients disent voir reculer ce qu’on appelle le food noise, ce bruit mental lié à l’alimentation, et avec lui d’autres impulsions. Pour Daniel Semenza, de l’université Rutgers dans le New Jersey, les chercheurs sont encore en train de rattraper l’ampleur de ces effets comportementaux.
Le cerveau de la récompense dans le viseur
L’hypothèse la plus solide passe par le système de récompense du cerveau. Quand quelque chose procure du plaisir, de la dopamine est libérée, ce qui renforce l’envie d’y revenir. Un hamburger en déclenche un peu. L’alcool, lui, provoque une poussée beaucoup plus forte, ce qui aide à comprendre son potentiel addictif.
Chez des rongeurs, plusieurs travaux montrent que cette hausse de dopamine n’apparaît pas de la même façon si un GLP-1 est administré avant l’alcool. Lorenzo Leggio, médecin et chercheur aux National Institutes of Health à Baltimore, explique que ces médicaments atténuent la libération de dopamine induite par l’alcool.
Un cas clinique qui intrigue, sans tout prouver
Un autre indice vient d’un rapport de cas signé par Hannah Kelly, neurologue au Vanderbilt University Medical Center à Nashville. Il concerne un homme de 46 ans atteint d’un trouble du contrôle des impulsions après un traitement contre la maladie de Parkinson.
Ce traitement augmente la dopamine, car les patients atteints de Parkinson en manquent. Chez cet homme, cela s’est traduit par des pulsions sexuelles incontrôlables, une liaison extraconjugale et des achats compulsifs pour environ 25 000 euros (30,000$). Quand il a commencé des injections hebdomadaires de sémaglutide pour un autre problème de santé, ses comportements impulsifs ont diminué. Hannah Kelly estime même que ce patient a vraiment montré que cela pouvait fonctionner sur ce trouble. Bon, cela reste un cas unique, pas une preuve générale.
Pourquoi cela compte aussi pour l’alcool
Et l’effet ne passerait peut-être pas seulement par la dopamine. Des recherches récentes suggèrent aussi une amélioration du bien-être émotionnel. C’est important, parce qu’on ne boit pas toujours pour chercher du plaisir. On boit parfois pour calmer le stress ou l’anxiété.
Si les GLP-1 aident certains patients à se sentir plus apaisés et plus positifs, leur rapport à l’alcool pourrait changer indirectement. C’est pour cela que les chercheurs s’y intéressent de près, y compris pour l’addiction et, à plus long terme, pour d’autres comportements liés à l’impulsivité. Ce que ça change pour vous, clairement, c’est surtout la portée possible de ces traitements, bien au-delà de la seule perte de poids.