Les médicaments amaigrissants semblent agir sur l’alcool, le tabac et l’envie de manger. Mais leur effet précis sur le cerveau reste largement flou.
En bref
- Les GLP-1 pourraient modifier le système de récompense
- Alcool et envies semblent parfois diminuer
- Humeur et anhedonie restent mal comprises
Dix millions de personnes utiliseraient déjà ces injections aux États-Unis. Et pourtant, sur un point central, les chercheurs avancent encore à tâtons, l’effet exact des GLP-1 sur le cerveau, l’humeur et, peut-être, certains comportements de dépendance.
Ces médicaments, dont le sémaglutide commercialisé sous les noms Ozempic ou Wegovy, ont surtout été évalués chez des personnes vivant avec un diabète ou une obésité. C’est utile, bien sûr. Mais cela laisse ouvertes des questions simples et lourdes à la fois. Sont-ils aussi sûrs chez des patients souffrant de troubles psychiques ? Modifient-ils seulement l’appétit, ou aussi le rapport au plaisir ? Résultat, on a des signaux, pas encore une carte complète.
Des observations intrigantes sur l’alcool et les envies
Sur l’île caribéenne de Saint-Christophe, des singes vervets connus pour voler des cocktails ont servi de modèle inattendu. Le psychiatre Anders Fink-Jensen, de l’Université de Copenhague, leur a donné de l’Ozempic. Avec un accès libre au rhum local, ceux traités buvaient nettement moins que ceux sous placebo.
Chez l’humain, le tableau va dans le même sens, au moins en partie. Des utilisateurs de sémaglutide disent moins boire, moins fumer ou vapoter, et ressentir moins de pensées envahissantes autour de la nourriture, ce que certains appellent le food noise. En 2025, une équipe américaine a aussi montré dans un essai clinique que le médicament réduisait les envies d’alcool ainsi que la quantité consommée lors des jours de boisson chez de gros buveurs. Et Fink-Jensen doit encore publier un autre essai sur Wegovy chez des buveurs importants souffrant d’obésité.
La dopamine est suspectée, pas prouvée
Pour Giles Yeo, neuroendocrinologue à l’Université de Cambridge, une partie du mieux-être observé peut venir de la perte de poids elle-même. Il le dit très simplement, en perdant du poids, la vie peut déjà paraître plus légère.
Mais il pense aussi qu’autre chose se joue, autour du système de récompense et de la dopamine. À l’Université d’Oxford, le psychiatre Riccardo De Giorgi a mené une petite étude chez 70 volontaires. Une semaine après une injection de sémaglutide, ils ont passé des tâches sur ordinateur destinées à mesurer la motivation et l’effort pour obtenir une récompense. Les résultats ne sont pas encore publiés, mais il dit voir des éléments « assez convaincants » montrant qu’une seule injection peut affecter ce circuit.
Le vrai point sensible, c’est l’humeur
Là, les certitudes s’arrêtent. Des travaux chez le rat et la souris suggèrent que ces traitements réduiraient le « hit » dopaminergique associé à l’alcool, à la nicotine ou à la cocaïne. Sauf que, chez l’humain, l’histoire est plus compliquée. Anders Fink-Jensen résume cela de façon abrupte, « on n’en a foutrement aucune idée ».
Certains patients disent se sentir plus plats, moins joyeux, parfois un peu indifférents, un état décrit comme une anhédonie. Sur la libido aussi, les discussions en ligne abondent. Mais Fink-Jensen estime qu’il n’existe pas, à ce stade, de données cliniques solides pour confirmer ces craintes. De Giorgi, lui, est un peu plus prudent. Si certains le rapportent, il juge probable que cela existe bel et bien, sans que l’on sache pourquoi une personne le vit et une autre non.
Ce que ça change concrètement
Le point important pour vous, c’est celui-ci. Ces médicaments pourraient faire bien plus que couper l’appétit, y compris sur des comportements liés au plaisir ou à l’addiction. Mais on ne sait pas encore précisément comment, ni chez qui. Et tant que ce mécanisme cérébral reste flou, impossible de trancher sérieusement sur leurs effets potentiels sur la personnalité, la dépression ou même la démence.