L’ADN ancien retrace l’origine complexe de la syphilis jusqu’à il y a 5 500 ans

Image d'illustration. Vue détaillée d instruments analytiques en évaluation génétiqueADN
De nouvelles analyses d’ADN ancien démontrent que la syphilis, maladie longtemps entourée de mystère, aurait émergé il y a environ 5 500 ans, bouleversant ainsi les connaissances sur ses origines et son évolution à travers l’histoire humaine.
Tl;dr
- Un ADN vieux de 5 500 ans révèle un ancêtre de la syphilis.
- L’origine américaine de la maladie se confirme, mais reste débattue.
- La transmission et l’évolution du pathogène demeurent incertaines.
Une découverte archéologique bouscule les certitudes
C’est dans une région reculée de Colombie qu’une équipe internationale a mis au jour un squelette vieux de 5 500 ans, porteur d’un ADN bactérien inédit. Cette découverte repousse sensiblement dans le temps l’histoire connue des maladies dites « tréponémiques ». Le fragment génétique retrouvé appartient à une souche ancestrale de Treponema pallidum, bactérie à l’origine notamment de la syphilis. Les chercheurs, sous la direction du spécialiste en génomique évolutive Davide Bozzi, estiment que cette lignée baptisée TE1-3 aurait divergé il y a environ 13 700 ans – soit bien avant la généralisation de l’agriculture sur le continent américain.
Les origines américaines sous le microscope
Ces travaux viennent renforcer l’idée d’une origine américaine pour la syphilis. Longtemps, le lien entre la première épidémie européenne – survenue peu après le retour du navigateur Christophe Colomb d’Amérique – et la diffusion de la maladie a été perçu comme évident. Mais des analyses récentes montrent que des maladies proches de la syphilis circulaient déjà sur le continent américain, bien avant leur apparition documentée en Europe. Cela dit, certains scientifiques européens persistent à défendre l’existence de souches apparentées en Europe précolombienne, complexifiant le récit historique.
Diversité et évolution du pathogène
Le génome ancien extrait laisse planer des zones d’ombre : TE1-3 n’est plus présent aujourd’hui et on ignore encore son mode exact de transmission. Si les formes actuelles comme la syphilis se propagent par voie sexuelle, d’autres maladies tréponémiques (pian, bejel ou pinta) passent par simple contact cutané. Néanmoins, des gènes liés à la virulence retrouvés chez TE1-3 suggèrent que cette souche était déjà apte à infecter l’homme. Il demeure aussi possible que les conditions environnementales et sociales aient modelé différemment ces infections selon les régions.
Pour clarifier ces points, voici ce qui reste incertain :
- La façon dont TE1-3 se transmettait entre humains.
- L’étendue géographique réelle du pathogène il y a plusieurs millénaires.
- L’impact exact des conditions sociales sur l’expression clinique de ces maladies.
Au-delà des frontières et idées reçues
Cette avancée scientifique invite à dépasser les oppositions binaires entre « Vieux Monde » et « Nouveau Monde ». Comme le soulignent les anthropologues Molly Zuckerman (Mississippi State University) et Lydia Bailey (US National Museum of Natural History) : « Framing Treponema origins through geographic binaries… obscures the ecological realities. » L’histoire complexe du Treponema pallidum, façonnée par les mobilités humaines et animales ainsi que par les contextes socio-environnementaux variés, met en lumière notre compréhension encore incomplète des grandes pandémies du passé.
