Le thimérosal retiré des vaccins contre la grippe : faut-il craindre sa toxicité ?

Image d'illustration. Seringue vaccinADN
Les autorités sanitaires ont décidé de retirer le thimerosal, un conservateur contenant du mercure, des vaccins contre la grippe. Cette décision relance le débat sur les risques potentiels de ce composé et son impact sur la santé.
Tl;dr
- Le HHS recommande le retrait du thimérosal des vaccins antigrippaux.
- Aucune preuve scientifique de dangerosité n’a été trouvée.
- Des experts craignent un impact sur l’accès à la vaccination.
Une recommandation inattendue sur le thimérosal
La récente décision du Department of Health and Human Services (HHS) de recommander le retrait du thimérosal de tous les vaccins contre la grippe aux États-Unis a suscité un vif débat. Cette proposition, adoptée par un panel consultatif du Centers for Disease Control and Prevention (CDC) pour 2025, intervient alors même que, selon plusieurs spécialistes, « aucune donnée scientifique ne démontre un risque réel lié à cette substance dans les faibles quantités utilisées ». La plupart des vaccins antigrippaux disponibles outre-Atlantique sont déjà proposés sans thimérosal : on estime que 94 % de l’offre ne contient plus ce conservateur à base de mercure.
Retour sur une controverse ancienne
Le thimérosal, utilisé comme agent de conservation afin d’éviter la prolifération bactérienne dans les flacons multi-doses, est au cœur d’inquiétudes publiques depuis plusieurs décennies. Certains rapports ont jadis évoqué un lien potentiel entre ce composé et des troubles du développement chez l’enfant, voire l’autisme. Pourtant, aucune étude n’a confirmé ce soupçon ; le retrait préventif opéré en 1999 s’était fondé sur le principe de précaution, comme l’expliquait Robert Hopkins Jr., directeur médical à la National Foundation for Infectious Diseases. Aujourd’hui, rares sont les formulations qui contiennent encore du thimérosal — principalement celles destinées aux zones rurales moins bien équipées.
Sécurité confirmée et controverses persistantes
Pour James Campbell, membre éminent de la American Academy of Pediatrics Committee on Infectious Diseases, « souligner cette question aujourd’hui sert surtout à semer la défiance envers la vaccination dans son ensemble ». Le CDC rappelle également que le thimérosal – forme d’éthylmercure rapidement éliminée par l’organisme – dispose d’un solide dossier d’innocuité. Les composés chimiques présents dans les vaccins font régulièrement l’objet de débats ; pourtant, comme aime à le rappeler Robert Hopkins Jr., tout dépend toujours de la dose : « L’excès de fer est dangereux, mais on en a tous besoin. »
Nouvelles tensions autour de la vaccination antigrippale
Ce point n’était initialement pas inscrit à l’ordre du jour du comité consultatif en charge des recommandations vaccinales (ACIP). Toutefois, des changements récents dans sa composition — après que Robert F. Kennedy Jr., secrétaire au HHS, a nommé ses propres membres au détriment des anciens — ont favorisé cette réorientation. Certains nouveaux arrivants affichent publiquement leur scepticisme vis-à-vis des vaccins. Cette situation soulève plusieurs préoccupations :
- L’accès aux vaccins pourrait se réduire dans les zones rurales faute d’infrastructures adaptées au stockage des monodoses.
- Les coûts logistiques risquent d’augmenter pour ces cliniques.
- L’hésitation vaccinale pourrait se renforcer dans une partie de la population.
Pour nombre d’experts en maladies infectieuses tels qu’Angela Branche, il existe un risque réel que ces mesures restreignent davantage encore la couverture vaccinale là où elle est déjà fragile.
