La perte d’audition est devenue un facteur de risque très commenté pour la démence. Mais le lien existe, et il est plus complexe qu’on le raconte.
En bref
- Le lien audition-démence existe, mais reste complexe
- Un grand rapport a fortement marqué le débat
- Les appareils auditifs ne prouvent pas une prévention
On aimerait une règle simple. Faire tester son audition, porter un appareil, et réduire son risque de démence. Sauf que la science raconte une histoire moins nette.
Un message devenu beaucoup trop simple
Depuis quelques années, la perte auditive est présentée comme un levier majeur contre la démence. Certains articles vont jusqu’à suggérer qu’une part importante des cas pourrait être liée à des problèmes d’audition. Des médecins vus à la télévision expliquent qu’un test auditif peut aider à prévenir le syndrome. Et des publicités pour les appareils auditifs avancent même qu’ils pourraient ralentir le déclin cognitif.
Mais ce raccourci pose un vrai problème. Les bénéfices d’un traitement de la perte auditive sont bien réels, oui. En revanche, l’idée selon laquelle les appareils auditifs empêcheraient la démence ne repose pas sur une preuve aussi solide qu’on le croit souvent.
D’où vient exactement ce lien
Ce lien entre les sens et les capacités cérébrales ne date pas d’hier. Dès les années 1990, l’étude Berlin Aging Study avait mis en évidence une association entre la baisse de l’audition ou de la vision, d’un côté, et un déclin des fonctions cérébrales ou cognitives, de l’autre.
Le mot important, ici, c’est association. Les chercheurs observaient que ces phénomènes évoluaient ensemble. Pas forcément que l’un causait l’autre. Nuance essentielle, et souvent perdue en route.
Le rapport qui a tout changé
Le tournant, c’est 2017. Cette année-là, un rapport majeur publié dans The Lancet, intitulé Dementia Prevention, Intervention and Care, a désigné la perte auditive comme le principal facteur de risque modifiable de la démence.
Autrement dit, un facteur sur lequel on peut agir, contrairement aux antécédents familiaux ou à la génétique. Le rapport allait loin, en estimant que traiter ce problème pourrait prévenir jusqu’à 8 % des cas de démence dans le monde. Il lui attribuait même un rôle potentiellement plus important que la pauvreté, l’isolement social, le manque d’exercice ou une mauvaise alimentation.
Ce que cela change, et ce que cela ne prouve pas
C’est précisément là que le débat s’est durci. Le rapport reconnaissait pourtant que la nature exacte du lien restait floue. Malgré cette réserve, l’idée que la perte auditive cause la démence s’est installée dans les discussions de santé publique.
Et on comprend pourquoi. Le nombre de cas de démence devrait tripler d’ici 2050, ce qui pousse le grand public comme les soignants à chercher des solutions concrètes. L’audition paraît être un facteur plus facile à corriger que d’autres. Mais pour vous, la conséquence pratique est surtout celle-ci : il faut distinguer une piste sérieuse d’une certitude. Dans ce dossier, clairement, on n’en est pas encore à la certitude.