Aspergillus : ce champignon dangereux progresse dans le monde, voici les raisons de sa propagation

Image d'illustration. Représentation d'un virus ADN
Le champignon Aspergillus, capable de provoquer des infections graves en envahissant les organes internes, est de plus en plus présent à travers le monde. Cette expansion inquiète les spécialistes qui cherchent à comprendre les raisons de sa propagation.
Tl;dr
- Le changement climatique favorise l’expansion des champignons pathogènes.
- Certains Aspergillus menacent santé publique et sécurité alimentaire.
- Les infections fongiques restent sous-estimées et difficiles à traiter.
Un danger silencieux : les champignons gagnent du terrain
La montée en puissance des champignons pathogènes sur la planète suscite une inquiétude croissante, à mesure que le réchauffement climatique modifie les équilibres écologiques. Selon une récente étude de l’Université de Manchester, encore en attente d’évaluation par les pairs, l’expansion de certaines espèces d’Aspergillus pourrait bouleverser aussi bien la santé humaine que la sécurité alimentaire mondiale.
Une menace discrète mais mortelle
Souvent relégués au second plan face aux virus ou aux bactéries, les champignons sont pourtant loin d’être inoffensifs. D’après les chercheurs, ils seraient responsables chaque année de la mort de près de 2,5 millions de personnes, un chiffre sans doute sous-estimé en raison du manque de données précises. Les maladies comme l’aspergillose, provoquée principalement par l’Aspergillus fumigatus ou l’Aspergillus flavus, touchent avant tout les individus fragilisés par des troubles respiratoires (asthme, mucoviscidose) ou une immunité affaiblie (cancer, greffe, COVID-19). La gravité du tableau clinique – fièvre persistante, toux chronique – est renforcée par la difficulté à diagnostiquer ces infections et la résistance croissante des agents pathogènes aux traitements disponibles : seules quatre classes d’antifongiques existent aujourd’hui.
Climat et champignons : des territoires redessinés
En utilisant modélisations informatiques et projections climatiques, l’équipe a cartographié le futur possible d’Aspergillus. Les résultats sont sans appel : si la consommation mondiale de combustibles fossiles reste élevée, certaines espèces pourraient étendre leur habitat jusqu’à +77 % d’ici à 2100 dans l’hémisphère Nord. On s’attend à ce que le nord des États-Unis, du Canada, l’Europe, le nord de l’Asie, voire certaines régions chinoises soient davantage exposées. À l’inverse, les hausses extrêmes de température pourraient rendre certaines zones sud-américaines ou africaines hostiles à ces champignons.
Parmi les enjeux soulignés :
- Santé publique : Une exposition accrue pour 9 millions d’Européens.
- Sécurité alimentaire : L’attaque possible des cultures par A. flavus.
- Écosystèmes fragilisés : Le rôle des champignons dans la stabilité des sols en question.
Mise en perspective et vigilance accrue
L’intérêt du grand public pour ces questions n’est pas totalement absent. Des séries comme « The Last of Us » sur HBO, bien qu’elles relèvent davantage de la fiction que de la réalité scientifique, participent malgré tout à sensibiliser sur un risque sanitaire longtemps négligé. Comme le rappelle Norman van Rijn, chercheur à Manchester : « Cela reste un scénario imaginaire, mais il faut prendre au sérieux la menace réelle que représentent ces pathogènes qui s’adaptent vite au climat changeant. »
Le constat est donc posé : face à une évolution rapide et largement imprévisible des champignons pathogènes sous l’effet du climat, le renforcement de la recherche et une surveillance environnementale accrue deviennent urgents pour anticiper ces risques multiples et protéiformes.
