Ces hésitations en parlant intriguent les chercheurs sur le déclin

Cette image illustre des modèles de cerveau multicolores qui mettent en valeur la santé cognitive, éclairés doucement pour accentuer leurs détails uniques.
Image d'illustration. Gros plan de modèles de cerveau colorés démontrant la santé cognitive — ADN

Des pauses, des « euh » et des mots qu’on cherche peuvent refléter certaines fonctions cognitives. Pas un signal de démence, mais une piste suivie de près.

En bref

  • Les pauses de parole intéressent la recherche
  • La difficulté à trouver ses mots ressort
  • Ce n’est pas un test de démence

Parler, chercher un mot, lâcher un « euh », repartir. Ce genre de micro-hésitations pourrait aider, un jour, à repérer plus tôt des changements cognitifs discrets, selon une étude menée notamment par Jed Meltzer, du Rotman Research Institute.

Pourquoi la conversation banale attire autant les chercheurs

L’idée est simple, et assez forte. La parole spontanée mobilise les fonctions exécutives, ces capacités mentales qui servent à planifier, garder l’attention, retenir une information ou gérer plusieurs tâches. Or ce sont justement des fonctions qui peuvent diminuer avec l’âge et être touchées tôt dans certaines maladies neurodégénératives.

Jed Meltzer résume l’enjeu ainsi : « Si une personne développe réellement une démence, cela commence des décennies avant que les symptômes ne se manifestent vraiment et que le diagnostic soit possible. Nous voulons l’identifier tôt. »

Ce que les données montrent, et ce qu’elles ne montrent pas

Les chercheurs ont travaillé sur deux groupes distincts. L’un comptait 67 adultes en bonne santé de 65 à 75 ans, l’autre 174 adultes en bonne santé de 18 à 90 ans. On leur a demandé de décrire des images à voix haute, puis de passer d’autres tests classiques des fonctions exécutives.

Ensuite, une analyse informatique a passé leur parole au crible : pauses silencieuses, hésitations remplies par des « euh » ou « hum », fluidité, difficulté à trouver un mot. Résultat, les personnes avec de meilleures performances avaient en général moins de trous dans le discours, moins de longues pauses et une parole plus fluide.

Point intéressant, le même schéma apparaît chez les adultes plus jeunes comme chez les plus âgés. En revanche, le niveau de détail dans la description des images, ou la cohérence globale du récit, prédisait beaucoup moins bien ces fonctions exécutives. Ce qui ressort vraiment, c’est la recherche du mot.

Un futur outil de dépistage, pas un diagnostic maison

Il faut rester rigoureux. L’étude n’a pas évalué directement le risque de démence. Elle ne dit donc pas qu’une personne qui hésite davantage en parlant développera plus tard une maladie cognitive.

Mais elle suggère qu’une conversation ordinaire pourrait devenir un outil de suivi plus léger que certains tests existants, comme le Montreal Cognitive Assessment (MoCA). Jed Meltzer estime d’ailleurs que ce test, non chronométré, capte mal le ralentissement.

Les chercheurs y voient donc une piste pour des outils utilisables en clinique, voire à domicile. Pas mal de prudence reste nécessaire, quand même.

Ce que cela change concrètement pour vous aujourd’hui

Chercher ses mots de temps en temps n’a rien d’exceptionnel. Le vieillissement normal, le stress ou la fatigue peuvent aussi perturber la fluidité de parole. Bref, dire « euh » ne veut pas dire démence débutante.

Kristen Lewandowski, de l’University of Florida, rappelle toutefois que tout se joue dans la durée et l’impact concret. « Tout le monde a des moments d’oubli. Mais si cela se produit de façon persistante, au point d’affecter votre fonctionnement quotidien, ou des tâches que vous arriviez à faire avant, c’est le moment d’en parler à un médecin. »

Ce que cette étude change, pour vous, tient en une idée simple : observer l’évolution dans le temps, sans paniquer au moindre accroc.

Germain Montor

Spécialiste Santé

Rédacteur web spécialisé dans l’univers de la santé et du bien-être

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