Des chercheurs reproduisent une mutation rare offrant une quasi-immunité contre la plupart des virus

Image d'illustration. Covid virusADN
Des chercheurs sont parvenus à reproduire une mutation génétique extrêmement rare, connue pour offrir une résistance exceptionnelle face à la plupart des virus. Cette avancée suscite l’espoir d’améliorer la prévention et le traitement de nombreuses maladies infectieuses.
Tl;dr
- Une mutation rare confère une immunité antivirale quasi totale.
- Des chercheurs ont imité cet effet via une thérapie à ARN messager.
- L’immunité recréée dure 3 à 4 jours, utile contre les pandémies.
Une mutation génétique aux effets hors norme
La découverte d’une mutation génétique rare, baptisée ISG15 deficiency, intrigue le monde scientifique depuis plusieurs années. Observée chez un nombre infime de personnes, cette anomalie place leur organisme dans un état de défense antivirale perpétuelle. En pratique, ces individus semblent échapper aux maladies virales courantes comme la grippe ou même la Covid-19, présentant peu ou pas de symptômes là où d’autres seraient durement touchés. Mais comment expliquer ce phénomène ? Contrairement à la réponse immunitaire habituelle, qui s’active au contact du virus, leur corps produit en continu des protéines spécifiques qui bloquent la propagation des agents infectieux.
La piste prometteuse de l’ARN messager
Face à ce constat fascinant, l’équipe du spécialiste en immunologie Dusan Bogunovic s’est posé une question audacieuse : et si cette défense naturelle pouvait être imitée artificiellement ? Leur réponse : une stratégie reposant sur l’ARN messager (ARNm), déjà utilisé dans les vaccins récents. Plutôt que de modifier l’ADN, les chercheurs injectent de brèves instructions génétiques aux cellules pour activer la production d’une dizaine de protéines antivirales – celles-là mêmes surreprésentées chez les porteurs de la mutation ISG15 deficiency.
Les résultats obtenus sur des animaux, dont des souris et des hamsters, sont spectaculaires : qu’il s’agisse du virus de la grippe ou du SARS-CoV-2, aucun agent pathogène n’a jusqu’ici réussi à contourner cette barrière temporaire.
Vers une nouvelle gestion des pandémies ?
Certes, l’immunité ainsi générée ne dure que trois à quatre jours – loin d’une protection permanente. Mais dans le contexte d’une épidémie fulgurante, ces quelques journées peuvent faire toute la différence : elles offrent un précieux répit pour protéger les soignants et les populations vulnérables avant que vaccins ou traitements ciblés ne soient disponibles.
D’ailleurs, plusieurs spécialistes imaginent déjà un futur où cette technique servirait de « bouclier » d’urgence. En cas d’apparition d’un nouveau virus inconnu :
- Déploiement rapide auprès des personnels exposés ou des foyers infectieux ;
- Soutien temporaire en attendant une réponse vaccinale adaptée ;
- Protection complémentaire sans empêcher le développement d’une immunité durable.
Des perspectives enthousiasmantes mais prudentes
Bien entendu, la prudence reste de mise. Les essais sur l’humain n’en sont qu’à leurs balbutiements et il faudra affiner le dosage comme la sécurité du procédé. Toutefois, ce travail publié dans Nature Communications ouvre une voie inédite dans la prévention des épidémies mondiales. Si demain il devenait possible d’activer ce « mode défense » universel grâce à l’ARNm, notre rapport aux grandes menaces sanitaires pourrait bien changer radicalement.
