La démence chez le chien : un trouble fréquent, comment en repérer les signes clés ?

Image d'illustration. Chien qui se désaltère. ADN
La démence chez les chiens touche davantage d’animaux qu’on ne l’imagine. Cette affection progressive, souvent sous-estimée, présente des signes spécifiques qu’il est essentiel de repérer pour assurer le bien-être de nos compagnons à quatre pattes.
Tl;dr
- Les chiens âgés développent souvent un syndrome cognitif.
- Symptômes proches de la démence humaine, diagnostic complexe.
- La recherche canine éclaire aussi la maladie d’Alzheimer.
Un vieillissement partagé entre humains et animaux
À mesure que la médecine permet à nos animaux de compagnie de vivre plus longtemps, une nouvelle réalité s’impose : les chiens, tout comme les humains, peuvent développer des troubles cognitifs liés à l’âge. Ce phénomène, connu sous le nom de syndrome de dysfonctionnement cognitif canin (CDS, ou CCD selon la région), préoccupe aujourd’hui tant les propriétaires que les chercheurs.
Des signes subtils mais préoccupants
Reconnaître cette pathologie reste délicat. Les manifestations sont « très peu spécifiques », expliquent des chercheurs dans une récente synthèse sur le sujet. Désorientation dans des lieux familiers, modification des interactions sociales, troubles du cycle veille-sommeil ou encore malpropreté soudaine peuvent survenir. Les vétérinaires utilisent l’acronyme DISHA(A) pour mémoriser ces symptômes principaux : désorientation, interactions altérées, perturbations du sommeil, accidents domestiques et variations de l’activité ; l’anxiété et l’agressivité complètent parfois cette liste.
Pourtant, le diagnostic officiel s’avère compliqué. Plusieurs échelles comme le CADES, le CCAS ou le CCDR coexistent sans qu’aucun test standardisé ni biomarqueur fiable ne fasse consensus. En pratique, seule une autopsie permet de confirmer définitivement la présence du trouble — les cerveaux canins touchés présentant d’ailleurs les mêmes plaques amyloïdes et enchevêtrements protéiques que ceux des personnes souffrant d’Alzheimer. Cela n’est pas anodin : jusqu’à 60 % des chiens âgés seraient concernés par une forme plus ou moins sévère du trouble.
L’espoir d’une prise en charge et d’avancées partagées
Face à l’absence de traitement curatif, certaines approches cherchent à améliorer le quotidien des animaux. Les mesures envisageables incluent :
- Sécuriser l’habitat (bloquer l’accès aux escaliers par exemple)
- Miser sur les promenades régulières pour limiter les incidents intérieurs
- Avoir recours à des médicaments tels que la mélatonine ou, aux États-Unis, la sélégiline
Toutefois, l’efficacité médicamenteuse demeure incertaine. Parallèlement, des initiatives originales émergent : à l’Université d’Adelaide, on explore actuellement si certains exercices cognitifs pourraient freiner ce déclin chez les chiens seniors.
L’animal modèle pour comprendre notre propre cerveau ?
Cette proximité symptomatique ouvre une perspective inattendue : selon une équipe américaine associée au projet Dog Aging Project à l’Université de Washington, le chien pourrait servir de modèle idéal pour la recherche sur la démence humaine. Évoluant dans un environnement semblable au nôtre et exposé aux mêmes risques quotidiens — contrairement aux rongeurs utilisés traditionnellement en laboratoire — il offre un miroir précieux à nos propres vulnérabilités neurologiques. Comme le soulignent ces experts : « si le CCD peut servir de modèle animal pertinent pour la maladie d’Alzheimer humaine […] cela pourrait faire progresser significativement la médecine humaine future. »
S’intéresser au vieillissement cérébral de nos compagnons ne se limite pas à leur bien-être : il éclaire également notre compréhension du cerveau humain face au temps qui passe.
