Utilisée depuis les années 1950 contre le diabète de type 2, la metformine pourrait aussi agir sur le vieillissement biologique. Mais les preuves humaines manquent encore.
En bref
- La metformine pourrait agir au-delà du diabète.
- Des signaux anti-âge existent, pas de preuve finale.
- Un grand essai doit tester 3 000 participants.
Plus de 100 ans après sa synthèse, la metformine continue de réserver des surprises. Ce médicament utilisé depuis les années 1950 contre le diabète de type 2 est aujourd’hui scruté pour une autre raison, bien plus large, son possible effet sur le vieillissement biologique.
Dans une revue publiée dans Aging, l’équipe menée par Jarra Manneh, chercheuse en génomique à Hamad Bin Khalifa University au Qatar, estime que la piste est sérieuse, au point d’évoquer un potentiel médicament « miracle ». Mais il y a une nuance importante, et elle compte vraiment : la promesse est là, la preuve définitive chez l’humain, non.
Un médicament très connu, mais pas totalement compris
La metformine est un traitement de première ligne du diabète de type 2 et figure sur la liste des médicaments essentiels de l’Organisation mondiale de la santé. Elle fait partie des médicaments les plus prescrits aux Etats-Unis. On pourrait croire le dossier bouclé depuis longtemps. Pas vraiment.
Les chercheurs rappellent que son action ne se limite pas à la baisse du glucose sanguin. A l’échelle cellulaire, la metformine active notamment l’enzyme AMPK. Ce signal est ensuite associé à plusieurs effets, avec en particulier l’inhibition de mTOR, une hausse de l’autophagie, moins de stress oxydatif et une meilleure sensibilité à l’insuline.
Pourquoi les chercheurs regardent du côté du vieillissement
Ces mécanismes intéressent parce qu’ils touchent à des processus liés au vieillissement des cellules. Chez l’animal, les indices existent déjà. Des travaux ont montré qu’une hausse d’AMPK allongeait la durée de vie chez des vers, alors que la suppression de cette enzyme chez la souris la raccourcissait.
L’équipe évoque aussi une piste épigénétique. La metformine pourrait modifier l’activité de l’enzyme TET2, avec à la clé moins de profils anormaux de méthylation de l’ADN, donc une meilleure stabilité du génome au cours du vieillissement. Dit autrement, le médicament pourrait aider à conserver des marqueurs biologiques plus « jeunes ». C’est intéressant. Pas mal même. Mais ça reste un mécanisme proposé, pas une certitude clinique.
Les premiers signaux existent, mais ils restent fragiles
Une étude publiée en 2022 a observé, chez 32 patients atteints de diabète de type 2, des signes épigénétiques correspondant à un vieillissement ralenti de 2,7 à 3,4 ans chez les personnes prenant de la metformine. Le point crucial, c’est que cette étude montre une association, pas un lien de cause à effet.
Autre piste, le microbiote intestinal. La metformine pourrait modifier les bactéries intestinales, réduire l’inflammation, renforcer l’intégrité de l’intestin et améliorer la santé métabolique. En 2022, une expérience chez des souris nourries avec un régime riche en graisses a aussi lié le médicament à une baisse de la croissance tumorale, possiblement via ce microbiote.
Ce qu’il manque encore pour trancher
Le vrai problème, clairement, c’est la qualité des preuves chez l’humain. Beaucoup d’études sont observationnelles ou menées chez l’animal. Et les critères étudiés partent dans plusieurs directions, mortalité, cancer, événements cardiovasculaires, fragilité ou biomarqueurs du vieillissement. Résultat, difficile de savoir si la metformine améliore vraiment la durée de vie en bonne santé, ou seulement certains résultats chez certains patients.
Un essai pourrait changer la donne, Targeting Aging with Metformin, ou TAME. Le protocole prévoit environ 3 000 participants, répartis dans 14 institutions de recherche américaines, sur six ans. Si cet essai, ou d’autres essais randomisés chez des non-diabétiques, va au bout, on saura enfin ce que cette vieille molécule peut réellement changer pour le vieillissement en bonne santé.