Une étude révèle la présence de la lèpre en Amérique bien avant la colonisation

Image d'illustration. Homme afrique blouse hopitale maladieADN
Une nouvelle étude révèle que la lèpre circulait déjà sur le continent américain bien avant l’arrivée des Européens. Cette découverte remet en question les hypothèses sur l’origine et la diffusion de la maladie dans la région.
Tl;dr
- La lèpre existait déjà en Amérique avant les Européens.
- Découverte d’un agent pathogène ancien : Mycobacterium lepromatosis.
- Cette souche s’est répandue il y a plus de 9 000 ans.
Un chapitre inédit dans l’histoire de la lèpre américaine
C’est un pan entier de l’histoire des maladies qui vacille. Contrairement à une idée solidement ancrée, la lèpre n’aurait pas été introduite dans les Amériques par les seuls colons européens. Un faisceau d’indices génétiques éclaire désormais un passé bien plus complexe, révélant que les populations autochtones d’Amérique étaient déjà confrontées à cette maladie depuis des siècles.
Une découverte qui bouscule les certitudes
Tout commence avec une enquête ADN menée sur près de 800 échantillons humains, anciens et contemporains, répartis entre le Canada et l’Argentine. Le résultat surprend : des traces du Mycobacterium lepromatosis, une bactérie cousine du célèbre Mycobacterium leprae, sont clairement identifiées dans des restes vieux de mille ans. Pour la génomicienne Maria Lopopolo (Institut Pasteur), cette découverte « bouscule totalement notre compréhension de l’histoire de la lèpre sur le continent américain ».
Bien que le rôle du M. leprae, introduit par les Européens, ne soit pas remis en cause, ce nouvel agent pathogène semble avoir circulé parmi les populations indigènes bien avant toute rencontre coloniale.
Une propagation ancienne et méconnue
Le séquençage a révélé que les souches retrouvées au Canada et en Argentine sont étonnamment similaires sur le plan génétique, malgré plusieurs milliers de kilomètres qui les séparent. Cela suggère une diffusion rapide du M. lepromatosis à travers le continent américain.
D’après l’analyse phylogénétique, ces différentes variantes auraient divergé d’un ancêtre commun il y a plus de 9 000 ans. Voici ce que cela implique :
- L’évolution de la maladie fut locale et bien antérieure à l’arrivée européenne.
- D’autres formes encore inconnues pourraient exister dans la région.
- Certaines espèces animales pourraient servir de réservoirs au pathogène.
L’éclairage d’une histoire médicale revisitée
La mise au jour de cette diversité bactérienne ajoute un volet inattendu à la saga des grandes maladies américaines. Pour Nicolás Rascovan, biologiste également à l’Institut Pasteur, « nous commençons seulement à saisir l’ampleur et la dynamique globale de ce pathogène récemment identifié ». Les implications ne sont pas uniquement historiques : chaque année, près de 200 000 nouveaux cas de lèpre sont recensés dans le monde – même si aujourd’hui, traitements et guérison sont possibles.
La recherche conjointe avec les communautés autochtones offre ainsi non seulement un éclairage nouveau sur la transmission ancienne des maladies infectieuses, mais aussi sur leur adaptation aux sociétés contemporaines. L’histoire médicale du continent vient d’être réécrite… avec quelques zones d’ombre encore à explorer.
